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Raïssa Mézières, Documents, revue des questions allemandes

Documents

 

 

 

Bulletin n° 5, été 1998

 

 

 

 

Raïssa Mézières

 

Jean du Rivau, lorsqu'il lance, en août 1945, les deux revues jumelles - et toujours bien vivantes - Documentset Dokumente, est animé par la volonté d'oeuvrer à la réconciliation franco-allemande et de renouer les relations intellectuelles brisées par la guerre ; dans un court texte, " en guise de présentation ", qui sert de préface au numéro un de Documents, le Père du Rivau exprime les ambitions de la revue : " Notre but en publiant ces divers documents est uniquement de servir et de renseigner de part et d'autre sur les faits et gestes de l'un et l'autre.

Nous ne voulons pas prendre parti, nous désirons simplement éclairer les uns et les autres par des textes et permettre un jour venant de commencer à parler "[1].

A regarder de près le présent extrait, on y trouve et la manière de concevoir la revue - le refus de prendre parti, la volonté d'impartialité, la réciprocité totale, le désir de servir - et la méthode à adopter: proposer des faits, des textes, pour permettre à chacun de se faire une opinion; seul un parti pris de confiance et d'acceptation réciproque est susceptible d'engendrer des réflexions et des actions utiles.

La revue ne désire pas " prendre parti ", elle veut " éclairer les uns et les autres " par des textes et " permettre un jour venant de commencer à parler ", cette dernière précision étant particulièrement révélatrice de l'interruption profonde du dialogue entre Français et Allemands et de la difficulté de le renouer. On le voit, il ne pouvait s'agir d'aliéner l'Allemagne vaincue en déterminant son avenir sans elle, mais de rechercher, dans une quête commune et sans concessions, la condition du " vivre ensemble ".

Documents eut ainsi, dès ses débuts, une figure originale, celle d'une revue démocrate-chrétienne à forte tendance confessionnelle, défendant un idéal pacifiste passant par la construction d'une Europe unie. Documents tenta de mettre en oeuvre cet idéal qui, impliquant le combat contre le nationalisme politique et culturel, voulait naturellement le rapprochement avec l'Allemagne.

 

 

La revue, lieu de coopération entre intellectuels français et allemands

 

Dès l'origine de son entreprise, le souci du Père du Rivau est de créer une équipe franco-allemande, sur la base d'engagements spontanés des composantes de celle-ci, des initiatives unilatérales ne pouvant - selon lui - s'affirmer dans la durée.

 

Des amis et des collaborateurs

 

Trois jeunes gens forment la première équipe de Jean du Rivau: un jeune religieux allemand, frère des écoles chrétiennes, parlant très bien le français, recruté par l'intermédiaire d'un curé d'Offenburg, s'occupe de Dokumente et deux jeunes jésuites: Roger Heckel, et Jean Weydert, arrivé le 1er janvier 1946.Nous pouvons ici nous arrêter sur Roger Heckel qui deviendra une figure importante de l'Église d'Alsace et de France. Il naît le 18 juillet 1922 à La Walck (Bas-Rhin), et entre dans la Compagnie de Jésus le 17 octobre 1941; après la guerre (1945-1946), il vient aider le Père du Rivau à lancer, à Offenburg, son centre de relations franco-allemandes. Il est ordonné prêtre en juillet 1954; dès 1956 - et jusqu'en 1975 - il sera membre de l'Action populaire (Vanves), où, à partir de 1961, il anime la direction des Cahiers d'action religieuse et sociale. Par ailleurs, son activité est intense: professeur à l'Institut des Sciences sociales de la "Catho" de Paris (1958-1967) et au séminaire d'Issy-les-Moulineaux, aumônier du Centre chrétien des patrons (1965-1972), nouant des relations personnelles avec des syndicalistes CFTC et CFDT, multipliant conférences, sessions et retraites sacerdotales. Il est appelé à Rome par Paul VI, en 1975, comme sous-secrétaire, puis (1977) secrétaire de la Commission pontificale Justice et Paix. Enfin - ultime bifurcation - l'évêque de Strasbourg, Mgr Elchinger obtient qu'on lui donne ce jésuite de souche alsacienne comme coadjuteur avec succession future. Sacré le 15 juin 1980, Mgr Heckel sillonne l'Alsace pour des visites pastorales et des conférences; il décède le 26 septembre 1982 à Strasbourg. Plus minces sont les renseignements concernant Jean Weydert. Effectuant son service militaire, officiellement secrétaire de l'aumônerie d'Offenburg, il travaille la plupart du temps pour la revue Documents et est chargé de la traduction des textes paraissant dans la revue. Les articles publiés - à l'origine très orientés sur les affaires religieuses - avaient déjà été publiés dans d'autres journaux allemands ou français. Aussi, en plus du travail de traduction, le petit groupe s'occupait-il essentiellement de l'autorisation de publication. Ainsi, jusqu'en juillet 1946, l'équipe compte quatre membres. A ce moment-là, la soeur de Jean Weydert, Marguerite Weydert, rend visite à son frère et le Père du Rivau lui propose de rester; elle devient sa secrétaire. En septembre 1946, à la fin de son service militaire, Jean Weydert doit quitter le Centre d'études culturelles, économiques et sociales (CECES, qui devient le BILD en 1947) et commence des études de philosophie et de psychologie en France. Il n'en garde pas moins un bon contact avec le bureau d'Offenburg et y retourne au cours de l'été 1947 pendant ses vacances pour aider à l'organisation d'une première rencontre d'étudiants à Uberlingen du 15 au 30 septembre 1947.Par la suite, d'autres jeunes jésuites en formation viennent rejoindre le Père du Rivau, comme Luc-Antoine Boumard, rédacteur en chef de la revue de 1946 à 1949. De même, Michel Guervel, pendant quatre années successives, entre 1946 et 1950, passe ses vacances à effectuer des traductions pour la revue. Le Père du Rivau s'entoure également de jeunes lecteurs français venus enseigner la culture française dans les universités allemandes, comme René Wintzen, lecteur d'"Éducation populaire" auprès d'une Volkshochschule pendant deux ans, puis d'une École normale d'instituteurs pendant un an, à Berg-Nassau[2], et fondateur en 1945 d'une éphémère revue littéraire, Vent debout, destinée à faire naître chez le lecteur des dispositions à la lecture d'auteurs étrangers; son insertion dans l'équipe de Jean du Rivau et au sein de la rédaction des deux revues remonte au 1er octobre 1949, et il sera rédacteur en chef de la revue Documents de 1978 à 1985.

  

 

Des plumes

 

 Si, pendant les premiers mois, la revue s'est essentiellement nourrie de traductions, la recherche d'un capital en hommes s'est progressivement révélée indispensable. Dans cette perspective, deux hommes, entrés dans la revue à la même époque - automne 1946 - ont joué un rôle essentiel: Alfons Erb et Antoine Wiss-Verdier. Le premier naît le 4 novembre 1903 à Essen. Après des études de droit et d'économie politique, il devient, de 1930 à 1933, rédacteur en chef de la revue sociale et pacifiste de Berlin Vom frohen Leben (interdite en 1933 par les autorités nazies). Il est ensuite rédacteur anonyme au journal catholique diocésain de Berlin (interdit en 1938). Résistant, il devient, après la guerre, rédacteur en chef de la Herder Korrespondenz. Alfons Erb assure la rédaction de Documents avec Luc-Antoine Boumard jusqu'en février 1949, date à laquelle il devient rédacteur en chef de Dokumente. C'est également à la fin de 1946 qu'Antoine Wiss-Verdier commence à collaborer à la rédaction de Documents. Antoine Wiss naît à Colmar le 31 octobre 1919. En septembre 1939, il est obligé de quitter l'Alsace en raison de la guerre qui vient d'éclater. Incorporé dans les Chantiers de Jeunesse en 1940, Antoine Wiss retourne en Alsace en 1941. Mais, menacé d'être incorporé, comme Alsacien, dans l'armée allemande, il prend le nom de Verdier et passe en Afrique du Nord[3]. Il participe à la campagne de Tunisie contre Rommel et, après la capitulation de l'Afrika-Korps, il est nommé officier-interprète dans les camps de prisonniers de guerre allemands de Tiaret, de Djelfa, de Laghouat."C'est de cette époque que date sa certitude que la réconciliation avec l'Allemagne était possible, et même indispensable pour l'avenir de l'Europe. Il jugeait que dans cette réconciliation, ceux qui venaient de s'affronter sur les champs de bataille ou dans la Résistance, auraient un grand rôle à jouer. Il fallait, à ce moment-là, pour aboutir à de telles conclusions, beaucoup de courage, une rare indépendance d'esprit et un sens politique qui lui permettait d'apercevoir les vraies possibilités d'avenir"[4]. Rentré en France en 1946, Antoine Wiss-Verdier cherche d'abord sa voie dans le journalisme et publie dans Le Figaro quelques articles sur les camps de prisonniers allemands. Mais c'est la rencontre du Père du Rivau - à l'automne de cette même année 1946 - qui oriente définitivement sa vie. Saisi par la nécessité de surmonter tout ressentiment et de se mettre au travail pour reconstruire, il accepte un poste de rédacteur à Documents, et entre ainsi dans l'équipe d'Offenburg où, "à l'exception d'Alfons Erb, [...] chacun était plus riche de jeunesse et d'enthousiasme que de compétence"[5]. Huit ans plus tard, en 1954, il devient rédacteur en chef de la revue et exerce cette fonction jusqu'à sa mort en 1974.Ainsi, entre 1945 et 1950, l'équipe constituée autour du Père du Rivau s'étoffe, de nombreuses personnalités venant se joindre à lui pour poursuivre le travail amorcé; parmi les nouveaux membres se trouvent des Allemands, tels que Alfons Erb, le professeur George Smolka (ayant fait partie des réseaux de résistance animés par l'amiral Canaris, puis devenu le premier président de la Gesellschaft für übernationale Zusammenarbeit (Güz, homologue du Bureau International de Liaison et de Documentation (BILD)), Wolfgang Rüttenauer (traducteur de Pascal), Eitel Victor Couchoud (traducteur de la pièce célèbre à cette époque, Les J3, puis attaché à l'ambassade de RFA à Paris), Jakob Laubach (qui deviendra éditeur), Paul Botta (commentateur au Westdeuscher Rundfunk), Franz Anspreger (professeur à la Freie Universität de Berlin), Gilbert Ziebura (professeur à l'université de Braunschweig), Ludwig Zimmerer (rédacteur au journal Ende und Anfang). Parmi les Français peuvent être distingués, d'une part, quelques jésuites, dont Luc-Antoine Boumard, Jean Weydert, Jean-Yves Calvez, directeur (d'abord adjoint) de la Revue de l'action populaire, président de l'Institut d'études sociales à la "Catho" de Paris (1960-1967), professeur à l'Institut d'études politiques (1962-1969), il devient premier Provincial de France (1967-1971). Ensuite il sera à la fois assistant régional de France et d'Italie, et secrétaire de la Congrégation des non-croyants[6], le Père Louis Chevalier (ancien polytechnicien), le Père Michel Roy. Ainsi, à Paris, L'Action populaire de Vanves, avec entre autres le Père Calvez, le Père Weydert, le centre Laennec avec le Père Roy, l'École polytechnique avec le Père Chevalier apportent au Père du Rivau leur aide morale et concrète. D'autre part, plusieurs laïcs sont également entrés dans l'équipe, parmi lesquels Jean-Jacques Baumgartner, professeur à Lyon, le journaliste Antoine Wiss-Verdier, Jean Dupleix, plus tard chercheur au CNRS et des animateurs et des organisateurs comme Jean Tschieret, Roland Mager, François Bourel[7]. A l'exception de trois ou quatre membres, ils sont tous, à l'époque, âgés de vingt à vingt-cinq ans.

  

 

La revue, espace social

 

Lieu de rencontres, "la revue est à l'intersection de trajectoires sociales et intellectuelles"[8]. Trois éléments, pouvant aider à retracer, à reconstituer le cheminement intellectuel des hommes de la revue ont certainement joué un rôle prépondérant, bien qu'étant - en apparence - totalement distincts. D'une part le phénomène de génération a eu un rôle fédérateur. L'équipe qui fonde Documents est composée de jeunes gens nés peu après la Première Guerre mondiale et qui ont entre 20 et 25 ans, à quelques exceptions près, en 1945. Aussi la notion de "génération intellectuelle" développée par Jean-François Sirinelli[9] peut-elle paraître, à cet égard, tout à fait pertinente. L'équipe est réellement le fait d'une "classe d'âge"; cependant, cette classe d'âge peut-elle être considérée comme une véritable génération intellectuelle? Si l'on suit de près l'analyse de Jean-François Sirinelli, nous pouvons alors répondre par l'affirmative: il semble en effet "possible d'admettre qu'un événement n'a pu être générateur de génération que pour ceux qui n'ont pas été exposés à un événement antérieur lui-même générateur de génération"[10]. Et comme le souligne Michel Winock dans son article sur les générations intellectuelles[11] : "On peut parler d'événement dateur lorsque celui-ci frappe de plein fouet des jeunes gens en train de s'éveiller à la conscience politique. Nous retenons donc cette "période de réceptivité", dont parle Wilhelm Dilthey, comme celle où se constitue une nouvelle génération."[12] Or, précisément, l'équipe de Documents répond à ces critères: elle est profondément marquée par la Seconde Guerre mondiale (la plupart des collaborateurs de la revue ont participé, de façon plus ou moins active, à des mouvements de résistance; c'est le cas, par exemple, d'Antoine Wiss-Verdier. D'autres n'ont pas fait de résistance active: il en est ainsi de René Wintzen, qui a cependant échappé, pendant l'occupation, de justesse au Service du Travail Obligatoire[13], et - parce que jeune - ce groupe n'a sans doute pas été exposé à un événement antérieur lui-même générateur de génération. De fait, l'équipe de Documents - si nous suivons la classification établie par Michel Winock dans l'article précédemment cité - appartient bien à la "génération de la Résistance et de Vichy". D'autre part, dans le cas de Documents, qui est une revue des questions allemandes, un autre facteur fédérateur est intervenu, celui du bilinguisme. Certes, le fondateur Jean du Rivau ignora toujours l'allemand. Il n'en reste pas moins (et peut-être est-ce précisément parce que le Père ne maîtrise pas cette langue) que parler l'allemand est gage d'intégration au sein de l'équipe. Ainsi, René Wintzen, dont l'insertion au sein de la rédaction des deux revues remonte au 1er octobre 1949, avait, trois ans plus tôt, été nommé lecteur d'Université populaire à Coblence; s'il ne connaissait pas l'Allemagne et parlait mal l'allemand, il le lisait et le comprenait convenablement[14].Enfin et surtout, ce qui rassemble est peut-être moins la communauté d'âge, ou la seule capacité de maîtriser une langue étrangère, que la volonté de renouveler la pensée politique. Collaborer à Documents, c'est avant tout se réunir autour d'un projet commun, celui d'informer directement le public français, aussi bien des espoirs qu'il pouvait fonder sur une orientation nouvelle possible de l'Allemagne, que de le mettre en garde contre les tendances hostiles ou malsaines que ces articles pourraient lui révéler. Si la rédaction d'une revue constitue un "petit monde étroit" (la formule est de Jean-Paul Sartre) où les liens se tissent, la revue n'en structure pas moins le champ intellectuel "par des mécanismes autonomistes d'adhésion - par les amitiés qui la sous-tendent, les fidélités qu'elle s'attache et l'influence qu'elle exerce - et d'exclusion- par les positions prises, les débats suscités et les scissions apparues"[15]. Comment dès lors appréhender les lignes de faille ou les frémissements qui ont parcouru la communauté intellectuelle de Documents?Confronter alors la revue à un thème, l'Europe, est apparu comme un moyen de mettre, quelque part, la revue "à l'épreuve", de discerner et son mode de fonctionnement, et ses prises de position, d'analyser en fonction d'une thématique précise son positionnement, sa place dans le champ intellectuel ou social; comment les intellectuels ont-il perçu l'idée d'Europe, ont-ils joué un rôle dans l'expression d'un destin commun, ont-ils été un relais positif à l'idée d'Europe, ont-ils pesé sur les divisions politiques qui ont marqué la construction européenne? A travers le prisme de la revue, c'est un nouveau champ d'analyse qui est ainsi abordé, interrogé, celui de l'histoire de l'Europe.

 

Documents, des intellectuels face aux cheminements de l'idée européenne: des idées et des réalités (1945-1949)

 

En quoi consiste l'Europe dans Documents, comment cette idée est-elle adoptée, maniée, transformée, voire rejetée? Quelle Europe- et plus largement - quel avenir sont envisagés, voulus après la Seconde Guerre mondiale?

 

 

Les refus de la nouvelle Europe

 

Dans les années d'immédiat après-guerre, l'idée d'Europe s'affirme d'abord en s'opposant; elle peut être, dans un premier temps, définie "négativement". D'une part, le refus d'une Allemagne militariste dominante est clairement exprimé à travers la condamnation de l'Allemagne nazie et celle d'une Allemagne prussienne, pangermaniste. D'autre part, un second refus est également formulé par la revue, celui de la marginalisation de l'URSS. Dans cette optique, l'article d'Eugen Kogon "Les perspectives de paix en Europe" - article qui tente de poser le problème allemand dans un contexte européen et international - doit être regardé de près. Si l'auteur condamne la scission entre l'Est et l'Ouest et la soumission d'une partie de l'Europe à "l'ascendant et à la puissance soviétiques"[16], la guerre - comme solution - est d'emblée rejetée. "Au cours des années qui viennent, trouvera-t-on les bases qui permettront d'assurer, dans une certaine mesure, la non-belligérance? C'est à cette condition seulement qu'on pourra parler de véritables tâches de la paix, c'est-à-dire de la civilisation européenne"[17]. Dès lors Eugen Kogon définit les devoirs à remplir: "notre tâche principale consiste à jeter au moins les bases des rapports économiques et sociaux en Europe occidentale, sans rompre avec l'Est et toujours en visant l'Europe entière"[18]. L'Europe, telle que Documents la conçoit, est favorable à une intégration en son sein des pays de l'Est, une fois libérés du joug communiste: "Si, en fait, l'Europe de Strasbourg se limite présentement aux peuples de l'Europe occidentale, elle reste cependant ouverte, dans la pensée de ses promoteurs, à toutes les nations européennes que les circonstances politiques actuelles retiennent encore au loin"[19].Si l'idée d'Europe s'affirme d'abord en s'opposant, elle s'inscrit également au sein d'un héritage, accepté, voire revendiqué, par les rédacteurs de la revue. Comment - dès lors - caractériser cette Europe voulue, appelée? N'est-elle pas marquée au coin d'une certaine complexité, d'une certaine ambiguïté aussi?

 

 

Quelle Europe construire?

 

La nécessité de faire l'Europe est d'emblée reconnue et se manifeste en particulier sous trois formes. Une nécessite immédiate. Tout concourt à affaiblir l'Europe en 1945, tant la guerre l'a touchée en profondeur et l'a remise en question dans son essence. Après la Seconde Guerre mondiale commence véritablement l'unification européenne en raison du changement radical des conditions dans lesquelles se trouvaient désormais les pays d'Europe. En effet, l'Europe était ruinée, les destructions de la guerre avaient été générales dans tous les pays, vainqueurs et vaincus, qui ne pouvaient espérer se relever ni même subsister sans une aide extérieure. L'Europe n'était plus un centre de puissance mondiale; désormais l'équilibre reposait sur les États-Unis, non européens, et l'Union soviétique, semi-européenne. Les Américains et les Russes, à la fin de la guerre, avaient fait leur jonction sur l'Elbe et cette rencontre symbolisait l'effacement de l'Europe. "Il ne s'agissait plus d'un déclin, comme entre les deux guerres, mais d'un effondrement"[20].Au sein d'un éditorial de la revue (donc relativement représentatif de l'idéologie qui la domine) paru en 1947, nous pouvons ainsi lire:"Les destructions massives, la faim, l'exode, toutes les misères consécutives à la guerre ont fait de l'Allemagne un peuple de "prolétaires". D'autre part, l'échec du nazisme et les conditions des traités de paix obligent à envisager une transformation complète de l'économie et de la politique allemandes. Enfin, écartelée entre le monde russe et le monde occidental, l'Allemagne semble appelée à élaborer une synthèse qui contribuerait grandement à pacifier, à organiser l'Europe et le monde de demain"[21].On le voit, en fonction de ces réalités, la nécessité de la coopération et de l'union s'impose avec beaucoup plus de force qu'auparavant aux opinions publiques désemparées et dont le nationalisme s'était considérablement affaibli. L'idée d'Europe apparaît alors comme le seul moyen pour les pays européens de se reconstruire et de maintenir entre eux des relations pacifiques. Une nécessité de réconciliation avec le peuple allemand et de réintégration du peuple allemand à la vie européenne. L'ambition de Documents, de 1945 à 1949, est d'informer en priorité sur l'Allemagne de l'Ouest; l'information et le dialogue constituent deux fonctions complémentaires et inséparables. Nous avons déjà insisté sur cette idée à propos des orientations données par le Père Jean du Rivau; nous voudrions y revenir - dans une nouvelle perspective - en montrant, par des exemples précis, que Documents a non seulement permis à des Français de se prononcer pour le nouveau dialogue franco-allemand, mais que la revue a donné aussi à des Allemands la possibilité de s'exprimer dans le même sens, parfois sur un ton critique. En progressant, le dialogue devient plus exigeant et égal, il est moins unilatéral. Dès lors, deux aspects méritent d'être évoqués. D'une part, les douze conseils d'un prêtre de Berlin, recueillis au cours d'une interview en décembre 1945 et intitulés "Comment la France pourrait aider spirituellement l'Allemagne" sont très révélateurs de l'esprit avec lequel Documents commence son travail de médiation entre Français et Allemands[22]. Il ressort de ce texte l'exigence d'une information réciproque franche et différenciée, d'une attitude basée sur la confiance et le respect de l'autre, et d'une volonté de mieux tirer partir du riche patrimoine culturel des deux pays. La compréhension franco-allemande, selon ce prêtre, pourrait être facilitée si les dispositions chrétiennes et européennes des Allemands et des Français étaient encouragées. D'autre part, pour rendre plus vivant ce dialogue franco-allemand qui s'ébauche lentement, et parce que ce dialogue se veut avant tout l'expression d'un "vécu", Documents, comme Dokumente, décident à partir du n°6 de 1948 de publier quelques-unes des lettres reçues par les deux rédactions. Il s'agit des réactions de lecteurs aux articles parus ou de façon plus générale des observations et critiques suscitées par l'action de la France et de ses alliés en Allemagne. Le commentaire qui suit illustre la volonté de la rédaction de se mettre davantage à l'écoute des Allemands, de mieux comprendre leurs motivations et d'adapter en conséquence les méthodes du travail franco-allemand."A certains Français, le langage de ces lettres semblera parfois exagéré ou partial. On peut difficilement demander à des gens obsédés par la misère de s'élever à la considération du bien commun. Les idéaux que nous leur proposons exigent d'eux un désintéressement, une sympathie qu'une armée d'occupation sera toujours impuissante à susciter. Si nous publions ces témoignages, c'est qu'ils ont du moins le mérite de la franchise et qu'ils représentent des opinions dont notre action doit tenir compte"[23].Au terme de cette analyse, on le voit, il est de l'essence même de la revue d'approfondir et d'élargir le dialogue entre partenaires, en particulier entre la France et l'Allemagne. La nécessité d'une union politique. Comment dégager une solution pour concilier un réveil certain des nationalismes et un internationalisme indispensable? C'est la question que pose Carlo Schmid (ministre de la Justice du Wurtemberg-Hohenzollern) dans son article "Allemagne, France, Europe". En effet, pour l'auteur, "on s'étonnera peut-être de l'antagonisme entre deux peuples dont les ressources matérielles et les dispositions intellectuelles se complètent si merveilleusement. Et bien, disons-le clairement, tout vient de ce que les rapports politiques entre la France et l'Allemagne sont depuis des générations irrémédiablement gâtés"[24]. Carlo Schmid énumère alors les tentatives pour "concilier les antagonismes": intensifier les rapports culturels entre les deux peuples, approfondir les rapports personnels, établir d'habiles conventions politiques - "mais on a vu la valeur du traité de Locarno"[25] - resserrer les liens économiques. Mais devant les crises profondes par où passent les rapports internationaux, "ces solutions sont insuffisantes"[26]. L'auteur, à la suite de sa critique, expose l'attitude qui, selon lui, doit être adoptée:"Il s'agit d'aborder la situation avec sang-froid et de reconnaître tous les obstacles à notre bonne volonté. Nous verrons alors qu'une seule chose peut nous permettre de dominer les sentiments qui nous opposent: nous mettre à une tâche commune, former dans l'esprit de Walt Whitman une "équipe", ou, comme disent les Anglais, un "team", c'est-à-dire une communauté d'hommes qui ne se sont point rassemblés par sentimentalité, mais qui ont été obligés de s'atteler ensemble au char de leur destin, car c'était le seul moyen de le tirer du bourbier. Que de complexes sentimentaux se résolvent sitôt que des individus s'unissent!"[27].Ainsi, sans négliger les obstacles à la réconciliation franco-allemande, Documents met l'accent sur les facteurs d'entente entre les peuples, entente qui demande à chacun de bien connaître l'autre, de coopérer avec lui, de saisir toutes les occasions pour agir en commun; ainsi, l'article reflète et l'ambition première du Père du Rivau, et la démarche même de la revue bi-nationale.

 

 

Penser la place de l'Allemagne en Europe

 

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne est non seulement vaincue, mais divisée, occupée, sans traité de paix signé (ou en passe de l'être); aussi ne subsiste-t-il en Europe occidentale que deux puissances déterminantes, la France et la Grande-Bretagne. Comment dès lors peut-on envisager la place de l'Allemagne en Europe? Cette interrogation paraît particulièrement pertinente dans la mesure où "l'idée d'unité de l'Europe est [...] étroitement associée à celle du maintien de la paix. Construire l'Europe, c'est tisser des liens entre Etats européens et prévenir la résurgence des nationalismes"[28]. Dans cette perspective s'inscrit la nécessaire réconciliation franco-allemande. Réconcilier la France et l'Allemagne pour faire l'Europe. Pour une paix durable. À travers la revue transparaît la conception d'une paix réellement européenne, à la fois sévère et généreuse, la vision d'une Europe future où toutes les nations, et pas seulement l'Allemagne, abandonneraient une part de leur souveraineté nationale. Aussi la sécurité de la France doit-elle être assurée par la persuasion plutôt que par la contrainte, suivant la conviction que "seul le changement [des Allemands] par le rapprochement[29]" ouvre une chance réelle de parvenir à une paix durable. Qu'en est-il alors du rapprochement franco-allemand entre 1945 et 1949? Les ouvertures franco-allemandes. Dès 1945 eurent lieu les premières rencontres entre Français et Allemands et, à l'initiative du père jésuite Jean du Rivau, deux associations, le BILD et la Gesellschaft für übernationale Zusammenarbeit, se fixèrent pour tâche de vaincre d'abord la double barrière d'une mutuelle ignorance entre les deux peuples. Ce travail franco-allemand "fondé sur l'idée de l'échange, et non plus sur la rééducation des uns par les autres, né de la conviction qu'il existait une responsabilité commune dans l'évolution de l'Allemagne renaissante"[30], permit de créer "une sorte d'infrastructure humaine aux relations intergouvernementales futures"[31].Mais surtout, dès 1948, se dessine un premier rapprochement économique entre la France et l'Allemagne, rapprochement dont témoigne l'article de H. Knuth, "Rapprochement économique de la France et de l'Allemagne", paru en juillet 1948[32]. Le texte de H. Knuth s'attache d'abord à définir comme à préciser les bases et les possibilités d'une coopération économique étroite entre l'Allemagne et la France, puis à poser les conditions politiques d'une telle coopération. L'auteur aboutit à la conclusion selon laquelle "la misère actuelle nécessite que nous nous engagions dans des voies nouvelles, que nous abandonnions les vieilles traditions et que nous travaillions à la Constitution des Etats-Unis de l'Europe[33]". Aussi, la condition fondamentale pour la réalisation de ce grand but garant d'une paix durable en Europe est-elle "la clarification définitive des rapports entre l'Allemagne et la France. C'est leur union qui préludera aux Etats-Unis de l'Europe.[34]" L'impact de la guerre froideLa place de l'Allemagne en Europe n'est pas seulement conditionnée par l'existence d'un rapprochement franco-allemand, rapprochement dont l'utilité est parfois même remise en cause dans l'éventualité d'une construction européenne."On croit souvent qu'il faut commencer par un "rapprochement franco-allemand". Sans doute les relations officielles entre les deux États pourraient s'améliorer beaucoup. Malheureusement un rapprochement entre États souverains comportera toujours des réserves, qui seront autant de clauses dirimantes et ne permettront jamais qu'une politique au jour le jour. Notre travail ne sera fécond que le jour où les réserves seront devenues superflues, c'est-à-dire quand l'Europe existera. Le rapprochement franco-allemand ne peut donc être que le fruit d'une organisation européenne et non pas sa condition préalable"[35].De fait, le destin de l'Allemagne semble d'abord et avant tout scellé par la guerre froide, qui apparaît dès lors comme un facteur essentiel dans la détermination de la place de l'Allemagne en Europe. L'Allemagne subit en effet de plein fouet la rupture de l'Europe en deux; la guerre froide va tout à la fois consolider la renaissance de la vie politique à l'Ouest, et creuser le fossé entre zone soviétique et zones occidentales. Au cours des années 1946-1947, les désaccords entre alliés font échouer toutes les rencontres destinées à concrétiser les accords de Potsdam; pour les Occidentaux, l'ex-allié soviétique devient l'adversaire potentiel, l'ancienne ennemie vaincue un enjeu et un atout. Dès lors, les Occidentaux cherchent à éviter que l'Allemagne, transformée en démocratie populaire, ne soit intégrée dans la sphère d'influence de l'URSS; celle-ci veut empêcher que l'Allemagne ne renforce le camp capitaliste. La frontière entre les zones occidentales et la zone soviétique tend à devenir la ligne de partage entre deux blocs, chacun d'eux redoutant que l'Allemagne unifiée ne passe dans le camp adverse. Aussi la modification du contexte politique général explique-t-elle les initiatives anglo-américaines, suivies par les Français pour unifier les zones occidentales et leur donner des structures d'État. Le destin de l'Allemagne apparaît bien au coeur du problème européen. La crise de Berlin est - à cet égard - symbolique; deux textes signés Antoine Wiss-Verdier s'en font l'écho. L'ancrage à l'ouest En septembre 1948 arrivent à Bonn les délégués des dix Länder de l'Ouest qui instaurent un Conseil Parlementaire constituant; celui-ci élit à sa présidence Konrad Adenauer. Le 23 mai 1949 est publiée la Constitution du nouvel État, la "Loi fondamentale"; en août, est élu le premier Bundestag; en septembre 1949, Konrad Adenauer est élu Chancelier fédéral par la majorité des députés du Bundestag. La République Fédérale Allemande est née. Parallèlement, pendant toute cette période, les responsables ouest-allemands acceptent de s'intégrer à un bloc "atlantique"; la RFA était dépendante de la puissance et de la richesse américaines; elle était résolument orientée vers un système politique de démocratie pluraliste et d'économie libérale de marché (aux élections d'août 1949, le KPD obtient seulement 5,7% des voix). Dès lors, Jean-Jacques Baumgartner peut écrire, dans son article "Entre l'Est et l'Ouest", paru dans Documents en septembre 1949:"De son côté la République Fédérale de Bonn lie son sort de plus en plus à l'Occident. Admise à droit d'égalité au Conseil ministériel de l'OEEC où elle est représentée par son ministre fédéral Blücher, elle ne peut tarder à être intégrée à l'Europe de Strasbourg. Il n'est guère possible de concevoir l'Europe sans l'Allemagne. Si l'Europe, ou ce qu'il en reste, exige une coopération étroite de toutes les nations qui la composent, cette coopération doit se faire plus étroitement encore entre la France et l'Allemagne. L'harmonisation des économies complémentaires de ces deux pays est la base même de l'édifice que Strasbourg veut construire [...] Le problème allemand doit donc s'insérer dans l'ensemble de la politique européenne[36].De fait, un premier accord, dit du Petersberg (22 novembre 1949), entre Adenauer et la Haute Commission alliée, put consacrer un premier pas vers une souveraineté élargie de la RFA; surtout la RFA serait associée à l'Autorité internationale de la Ruhr et entrerait au Conseil de l'Europe. Ainsi, les années 1945-1949 constituent une période charnière dans la vie politique intérieure et extérieure de l'Allemagne: celle-ci s'oriente vers les forces pacifistes et démocratiques, tandis que la guerre froide décide de son destin, en scindant le pays en deux Etats souverains, chacun sous influence opposée. Pour échapper au clivage Est-Ouest, l'Allemagne souhaite construire l'Europe future, une forme de "troisième voie" entre celles des deux Grands. Ces circonstances provoquent un tournant dans l'histoire allemande, ainsi que dans l'histoire des relations franco-allemandes, européennes et internationales. D'essence franco-allemande, la revue Documents a progressivement ouvert ses perspectives et peut apparaître comme européenne, affirmant sa volonté de construire, politiquement et socialement, une Europe unifiée, redevenant maîtresse de son destin; elle a, en effet, rapidement pris conscience que la dimension franco-allemande ne se suffisait plus à elle-même: "la France et la République fédérale ne peuvent faire de leur union un but qui s'impose à l'opinion des deux pays. [...] La réconciliation faite, l'accent franco-allemand n'a de sens que s'il sert de moteur, d'accélérateur à l'Europe"[37], souligne Joseph Rovan. Aussi l'étude de Documents peut-elle permettre d'éclairer et de mieux cerner les nouveaux enjeux de l'Europe présente et à venir.

 

 

 



[1]     RIVAU (Jean du), "En guise de présentation", Documents, n°1/1945.

[2]     WINTZEN (René), "Le rôle des "Services d'éducation populaire" et des initiatives privées (rencontres franco-allemandes d'écrivains, Documents/Dokumente)", in Von der Besatzungszeit zur deutsch-französischen Kooperation/De la période d'occupation à la coopération franco-allemande, Freiburg im Breisgau, Rombach Verlag Freiburg, 1993, pp. 211-212.

[3]     GUERVEL (Michel), "Antoine Wiss-Verdier (1919-1974)", Documents, numéro spécial, n°4/1995, pp. 184-187.

[4]     Ibid., p. 184.

[5]     GUERVEL (Michel), "Antoine Wiss-Verdier (1919-1974)", Documents, n°6/1974.

[6]     DUCLOS (Paul) s.d., "Les Jésuites", in MAYEUR (Jean-Marie) et HILAIRE (Yves-Marie) s.d., Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, tome 1, Paris, Beauchesne, 1985, p. 64.

[7]     WINTZEN (Ren), Le rôle des "Services d'éducation populaire" et des initiatives privées..., op. cit., pp. 209-225.

[8]     PLUET-DESPATIN (Jacqueline), "Une contribution à l'histoire des intellectuels: les revues", Socialibilité intellectuelles: lieux, milieux, réseaux (sous la direction de Nicole Racine et Michel Trebitsch), Cahiers de l'IHTP, n°20, mars 1992, CNRS, pp. 125-136.

[9]     SIRINELLI (Jean-François), "Effets d'âge et phénomènes de génération dans le milieu intellectuel français", Cahiers de l'IHTP, n°6, 1987, pp. 5-18.

[10]    Ibidem, p. 9.

[11]    WINOCK (Michel), "Les générations intellectuelles", Vingtième siècle. Revue d'Histoire, avril-juin 1989, p. 17-38.

[12]    Ibid., p. 18.

[13]    WINTZEN (Ren), "Initiatives privées et personnelles: les revues Documents et Dokumente, Vent debout et Verger", in VAILLANT (Jérôme), s.d., La dénazification par les vainqueurs, Presses universitaires de Lille, 1981, p. 128.

[14]    Ibid., p. 128.

[15]    SIRINELLI (Jean-François), "Le hasard ou la nécessité? Une histoire en chantier: l'histoire des intellectuels", Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 9, janvier-mars 1986, p. 104.

[16]    KOGON (Eugen), "Les perspectives de paix en Europe", Documents, n°1/1949, p. 62.

[17]    Ibid., p. 64.

[18]    Ibid., p. 65.

[19]    BAUMGARTNER (Jean-Jacques), "Entre l'Est et l'Ouest", Documents, n°9-10/1949, p. 885.

[20]    GERBET (Pierre), La construction de l'Europe, Paris, Imprimerie Nationale, 1994, p. 51.

[21]    Editorial du cahier n°33, Documents, 5/1947, p. 1.

[22]    "Comment la France pourrait aider spirituellement l'Allemagne" (Opinion d'un prêtre de Berlin au cours d'une interview), Documents, n°4/1945, supplément 3.

[23]    Documents, n°6/1948, p. 425.

[24]    SCHMID (Carlo), "Allemagne, France, Europe", Documents, n°4/1949, p. 354.

[25]    Ibid., p. 357

[26]    Idem.

[27]    Idem.

[28]    DU RÉAU (Elisabeth), L'idée d'Europe au XXe siècle, Bruxelles, Complexe, 1996, p. 133.

[29] FRITSCH-BOURNAZEL (Renata), "Danger allemand et sécurité européenne dans la politique étrangère française d'après-guerre. Les années charnières: 1945-1949", in MÉNUDIER (Henri), s.d., L'Allemagne occupée, 1945-1949, Bruxelles, Complexe, 1990, p. 189.

[30]    GROSSER (Alfred), L'Allemagne en Occident, La République fédérale, 40 ans après, Paris, Fayard, 1985, p. 38.

[31]    Idem.

[32]    L'article est précédé d'un en-tête qui définit "le rôle essentiel de Documents, [...] être une tribune qui permette aux Allemands sincèrement désireux d'aller de l'avant dans la reconstruction de l'Europe, d'exprimer franchement leurs vues et leurs projets". C'est ainsi que le Dr. Knuth (qui a par ailleurs écrit son analyse en français) a communiqué son étude à Documents.

[33]    KNUTH (H.), "Rapprochement économique de la France et de l'Allemagne", Documents, juillet 1948, p. 594.

[34]    Ibid., p. 594.

[35]    SCHMID (Carlo), "Allemagne, France, Europe", Documents, avril 1949, p. 359.

[36] BAUMGARTNER (Jean-Jacques), "Entre l'Est et l'Ouest", Documents, septembre 1949, p. 887.

[37] ROVAN (Joseph), "1945-1985. De la réconciliation à l'union de l'Europe", Documents, "1945-1985: un héritage au service de l'Europe", numéro spécial pour la quarantième année, n°4/1985, p. 96.