Enquête sur le clergé constitutionnel
Enquête sur le clergé constitutionnel

(coordonnée par Jacques-Olivier Boudon et Philippe Boutry)
La question du serment est centrale dans l'histoire religieuse de la Révolution française. Elle a fait l'objet d'une ample production bibliographique et a été l'objet d'un âpre débat historiographique jusqu'au livre publié en 1986 par Timothy Tackett, La Révolution, l'Eglise, la France. Le serment de 1791 (Paris, Le Cerf) qui estimait à environ 30 000 le nombre de prêtres ayant prêté le serment constitutionnel. C'est à partir de cette base que l'enquête entend se développer. En effet jusqu'à présent, l'historiographie s'est focalisée sur le moment du serment. On s'est beaucoup interrogé sur les origines des prêtres assermentés, l'enquête de Tackett montrant bien ainsi que les choix varient davantage en fonction des origines régionales que des fonctions occupées dans l'Eglise d'Ancien Régime (sauf pour les évêques dont 4 seulement prêtent le serment). En revanche, on s'est peu intéressé, à quelques exceptions près, au devenir des prêtres qui avaient accepté de prêter le serment constitutionnel. Or ils forment un groupe particulier, qui joue naturellement un rôle essentiel dans la construction de l'Eglise constitutionnelle à l'époque de la Révolution. Mais la particularité de ces ecclésiastiques est aussi qu'ils ont pour un certain nombre - il faudra en déterminer l'importance - quitté l'Eglise, pour se marier, ou tout simplement exercer une autre fonction dans la société. De nombreux exemples pourraient être cités, à commencer par celui de l'évêque d'Autun, Talleyrand, devenu ministre des Relations extérieures de Napoléon. L'oratorien Daunou prête également serment avant de devenir député, puis plus tard directeur des archives impériales. Mais combien d'autres suivent ce type d'itinéraire, à l'image de Legras de Bercagny, vicaire constitutionnel, devenu chef de la police du Royaume de Westphalie, puis préfet du département de l'Elbe. Le choc qu'a représenté le serment a ainsi été l'occasion, pour beaucoup de prêtres, d'un choix qui s'est traduit par un reclassement social, pour l'essentiel dans les milieux de l'administration ou de l'enseignement. Ces clercs, formés dans les collèges et facultés de l'Ancien Régime ont ainsi apporté leur pierre à la construction de la France moderne. L'enquête se propose de prendre en compte l'ensemble des individus concernés, soit environ 30 000 personnes, en procédant selon un découpage régional. Naturellement il s'agira de recomposer leur itinéraire avant la prestation de serment. Mais l'essentiel de l'enquête consistera à suivre leur carrière après 1791. Pour certains, âgés, ou victimes de la Terreur, l'existence s'arrête très peu de temps après. Pour d'autres en revanche, elle peut se prolonger très loin dans la première moitié du XIXe siècle. Il faudra dès lors distinguer entre les prêtres restés dans l'Eglise, ayant donc intégré l'Eglise concordataire, afin de mesurer quelle place (souvent pas la meilleure) leur a été réservée. On sait que Napoléon Bonaparte avait recommandé l'amalgame entre les deux clergés, mais qu'en est-il réellement ? Une autre partie de ces prêtres a quitté l'Eglise, comment ? Dans quelles conditions ? Combien se sont mariés et ont eu une descendance, à l'image de Salvandy, le père du futur ministre de la Monarchie de Juillet ? Vers quelle carrière se sont-ils destinés ? Autant de questions qui méritent d'être posées.
Fort d'une longue pratique des enquêtes à caractère prosopographique (maires du Consulat à nos jours, parlementaires de la Troisième République, représentants élus en 1848), le Centre de Recherche en histoire du XIXe siècle, entend lancer une enquête nationale, s'appuyant sur des correspondants locaux, en faisant appel à la fois spécialistes de l'histoire de la Révolution et du XIXe siècle, afin de déterminer le devenir des prêtres constitutionnels sur l'ensemble du territoire. Au croisement de l'histoire religieuse, de l'histoire politique et de l'histoire sociale, cette enquête débouchera sur une base de données qui devrait apporter une meilleure compréhension de la société des débuts du XIXe siècle. Elle fournira également matière à journées d'études et à une synthèse sur le clergé constitutionnel de la Révolution à la monarchie de Juillet.
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