Force publique, régulation sociale, sécurité intérieure et défense : un nouveau chantier : l’exportation mondiale du modèle gendarmique français du XIXe siècle à nos jours
Force publique, régulation sociale, sécurité intérieure et défense : un nouveau chantier : l'exportation mondiale du modèle gendarmique français du XIXe siècle à nos jours

Compte-tenu des travaux déjà réalisés sur l'histoire de la gendarmerie dans le chantier pionnier ouvert à Paris 4, il est souhaitable d'abandonner la seule lecture nationale du sujet pour considérer l'exportation du modèle français de police à statut militaire.
Aujourd'hui, dans le monde, une quarantaine de gendarmeries ou de forces assimilées sont directement issues de l'arme française. Cet essaimage s'est plus particulièrement produit dans cinq contextes : la Révolution et l'Empire, la reconstruction de l'Europe post-napoléonienne, l'expansion coloniale de la seconde moitié du XIXe siècle, la décolonisation des années 1950-1960 et, si l'on étend la notion « d'exportation » à la coopération internationale, les opérations de rétablissement ou de maintien de la paix à la demande des institutions internationales depuis la fin du XXe siècle.
Après avoir reconstitué les étapes et les modalités de l'expansion, et parfois de la contraction, de ce réseau, on essaiera de les interpréter en considérant les particularités des forces publiques à statut militaire, les contextes de leur implantation, les motivations des gouvernements, les représentations véhiculées dans les médias et les réactions des populations.
Plusieurs pistes ont été retenues, à titre d’hypothèses, pour organiser la réflexion et les premières recherches à partir des fonctions attribuées, à des degrés divers, par les États aux polices à statut militaire, donc des attentes du pouvoir, qui peuvent rencontrer ou non celles de la société, des médias et de l’opinion :
affirmer la puissance publique et institutionnaliser la coercition légale (en considérant no-tamment que l’identité militaire des gendarmes et, parfois, la réglementation explicite de leurs activités offrent une garantie théorique contre leur emploi à des fins politiciennes).
défendre le pouvoir en place contre les oppositions, subversives ou même institutionnelles.
renforcer l’autorité d’un pouvoir central (national, impérial, fédéral ou colonial) par l’intégration des provinces ou des pays conquis, la diffusion d’institutions centripètes dans des territoires autonomes ou fédérés, la « pacification » des colonies.
assurer la dualité policière verticale, pour garantir la liberté de manœuvre du pouvoir exécutif (au sein d’un régime démocratique ou non) et pour préserver la liberté d’action des magistrats.
assurer un rôle d’interface dans des situations qui sortent du champ d’action de la police civile sans justifier pour autant l’intervention des forces armées classiques. Cette mission spécifique veut garantir la continuité de l’action de l’État entre les gestions purement civiles et totalement militaires des crises tout au long du spectre paix-crise-guerre. Son attribution à des gendarmeries se fonde sur le statut militaire de leur personnel, sur leur double formation (civile et militaire) et sur le caractère mixte (civil et miliaire) de leur service.
assurer des transitions politiques à l’occasion d’un changement de gouvernement ou de régime qui aboutit à la mise en place d’un nouveau pouvoir, démocratique ou autoritaire.
assurer l’autorité d’un nouveau pouvoir national, le retour à une ancienne légalité ou l’avènement de l’indépendance dans le contexte particulier des sorties de guerre (internationale, coloniale ou civile), caractérisées, à des degrés divers, par la désorganisation du ravitaillement et du marché de l’emploi, la démobilisation, les règlements de compte politiques, les tensions sociales ou les rivalités communautaires.
participer, dans le cadre de mandats internationaux, à des opérations de rétablissement de la paix, de maintien de la paix ou de réorganisation d’une force de police, qui exigent la capacité d’assurer, à la fois, des missions de police administrative générale, de police judiciaire et de rétablissement, puis de maintien, de l’ordre.
La dimension internationale de l’enquête s’accompagnera, au moins pour certains pays, d’une double ouverture institutionnelle partielle en direction des autres forces de police et des autres forces armées. Cette démarche se justifie d’abord par les limites imposées à l’action des polices à statut militaire, qui détiennent rarement le monopole de la police administrative ou judiciaire. Ici, elles se heurtent, lors de leur installation dans les campagnes, aux institutions policières traditionnelles. Là, elles sont écartées au profit de polices civiles de type anglo-saxon (selon le modèle de la Metropolitan Police of London, créée en 1829). Ailleurs, ou plus tard, elles cohabitent avec plusieurs formes de police civile, avec lesquelles elles collaborent ou auxquelles elles s’opposent. D’autre part, la contribution des polices à statut militaire à la sécurité intérieure et plus encore à la Défense, pour celles qui y participent, résulte d’un partage des tâches avec les forces armées classiques. Un double élargissement de la recherche est donc nécessaire pour l’inscrire dans deux chan-tiers historiographiques récents : la circulation internationale et les interactions des modèles policiers, l’élargissement en plusieurs étapes de la notion de Défense depuis les années 1950.
Deux colloques internationaux sont prévus pour confronter les résultats des études réalisées sur plusieurs pays et affiner les pistes de recherche. Il n’est pas possible de dire, dès à présent, si la séparation entre ces deux manifestations sera chronologique (XIXe siècle – XXe siècle et début du suivant), géographique (Europe – reste du monde), voire thématique. Ce choix sera fait, dans un second temps, en fonction des travaux déjà disponibles ou entrepris dans le cadre de ce projet.
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