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Histoire de la forme « feuilleton », XIXe-XXIe siècles

Histoire de la forme « feuilleton », XIXe-XXIe siècles 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

coordonnée par Myriam Tsikounas (avec la collab. de Dominique Kalifa)

Durant les vingt dernières années, le feuilleton a fait l'objet de nombreuses études, notamment en raison de l'intérêt croissant porté aux histoires du livre et de la télévision. Cependant, si les articles abondent, ce genre, longtemps méprisé des institutions académiques, a rarement été abordé dans une perspective plurimédiatique et de longue durée. Or, le feuilleton, en migrant de la page du quotidien vers les ondes et l'écran, grand puis petit, a dû s'adapter, durant deux siècles, non seulement aux enjeux des sociétés successives mais aux contraintes des nouveaux supports. Apprécié du public et regardé distraitement par les experts, ce genre, dont il semble impossible de vérifier l'influence, a fourni quantité de repères et de modèles. Il a réussi, en moins de deux siècles, à imposer une mise en fiction de l'actualité, visant non seulement à produire du consensus mais aussi à construire un nouvel espace sociopolitique et culturel. À ce titre, il intéresse tous ceux qui réfléchissent aux enjeux de la culture et de la démocratie dans une société dominée par les médias de masse. Ce projet de recherche a pour ambition d'explorer les discours sociaux proposés par le genre feuilletonnes que pendant ses deux siècles d'existence, de la parution en 1836 de La vieille fille, de Balzac, dans la Presse, au succès récent de Plus belle la vie sur France 3. Cela nécessite de saisir le feuilleton à travers la complexité de son histoire, la variété de ses supports médiatiques (journal, fascicule, livraison et « petit livre », roman-photo, bande dessinée, radio, cinéma et télévision), la diversité de ses expressions génériques (histoire, aventures exotiques, policier, drame social, chronique sentimentale…), les contraintes pesant sur sa production, les modalités de sa diffusion et les spécificités de son appropriation par les publics. Contextes de production. Excellents vecteurs publicitaires et moyens de fidéliser des destinataires, les feuilletons s'inscrivent dans une logique économique qu'il faut expliciter. Cette dimension industrielle joue un rôle central dans l'apparition du feuilleton sur tel ou tel support. S'attarder tout particulièrement sur les périodes d'émergence du feuilleton sur un nouveau média devrait permettre de comprendre les raisons qui poussent des commanditaires à avoir recours à ce genre. On pourra notamment se demander s'il est possible de déterminer des permanences dans ces différentes apparitions. Il est également indispensable de se pencher sur les commanditaires et les créateurs de feuilletons dans la longue durée. Les demandes faites aux auteurs évoluent-elles dans le temps, et si oui selon quels critères (contexte sociopolitique, contraintes économiques, évolutions culturelles et/ou professionnelles…) ? À l'inverse peut-on dégager des traits récurrents dans les règles d'écriture et de fabrication du feuilleton ? Dans cette perspective, une histoire sociale des feuilletonistes constitue un enjeu important pour cette recherche : s'agit-il d'hommes ou de femmes, de créateurs jeunes ou âgés, d'individus légitimés ou déclassés ? Les profils sociologiques des feuilletonistes évoluent-ils dans le temps, sur un même support, ou d'un média à un autre ? Beaucoup travaillent-ils alternativement sur plusieurs supports ? Les archives de la Société des Gens de lettres fournissent des sources importantes pour le XIXe et le début du XXe siècle. Enfin, il faudra tenter de mesurer les espaces de liberté (ou leur absence) que parviennent à se procurer des auteurs pris entre la pression des normes sociales, le contrôle de la censure (dont l'efficacité peut-être remise en cause par la quantité de pages et d'images à consulter), les revendications des annonceurs publicitaires, les restrictions imposées par les commanditaires (qui préfèrent souvent faire appel aux « recettes » plutôt que de laisser place à l'innovation), sans oublier les demandes du public. Circulations et diffusions. Outre ses règles de fabrication, le feuilleton s'inscrit dans le champ social par sa mise en circulation. Il est commenté, et d'ailleurs souvent dénigré, par des médiateurs. Sa diffusion s'étend plus ou moins dans la durée selon les supports et les succès. Son format et sa périodicité sont sujets à des évolutions en fonction de l'apparition de nouveaux médias et de la transformation des comportements des publics. On peut ainsi distinguer le feuilleton original de la présentation « en tranches » d'une oeuvre antérieurement pensée comme unitaire (ainsi le film Les Misérables de Raymond Bernard diffusé par l'ORTF en plusieurs épisodes). Dans une logique différente, un succès au grand écran, comme Vénus beauté institut de Toni Marshall peut donner naissance à un feuilleton original (diffusé sur Arte) reprenant sur un mode feuilletonesque le décor et le thème du long métrage. Il importe donc d'avoir une approche formelle (durée, format, genre…) du feuilleton, à travers ses migrations, reprises, adaptations et transferts d'un pays à un autre.  Ainsi, quel que soit le type de circulation, le feuilleton participe-t-il de la mondialisation des échanges (diffusion de feuilletons étrangers sur le territoire national, versions francisées de feuilletons étrangers, influences esthétiques de productions internationales), et contribue-t-il à forger des références historiques et culturelles communes, de plus en plus nombreuses.

 

 

Réceptions.

 

 

Le feuilleton crée une communauté car chacun est conscient que le rituel qu'il est en train d'accomplir est reproduit simultanément par des milliers ou des millions d'autres personnes. Ces logiques d'appropriation des discours feuilletonnesques sont difficiles à appréhender pour l'historien. Faut-il privilégier l'approche par une communauté de publics nettement segmentée (par le sexe, l'origine, l'âge, les classes sociales) ? Si cette démarche permet dans certain cas de soulever des hypothèses intéressantes, elle ne semble guère pertinente pour des feuilletons consommés par une masse importante de lecteurs, auditeurs, spectateurs et téléspectateurs. L'appréciation quantitative, par ailleurs souvent lacunaire, nous fournit également des informations précieuses mais ne suffit pas pour envisager la complexité des usages sociaux qu'implique la réception des feuilletons. De même, le discours de la critique, souvent méprisant, semble bien éloigné de l'accueil réservé par le public et, de fait, n'aide guère le chercheur dans son souci de traduire les modalités des négociations socioculturelles qui relient les oeuvres, à ceux qui les produisent et à ceux qui les consomment. Les commanditaires de feuilletons, de plus en plus soucieux de conserver leurs parts de marché, sont spécialement attentifs à l'avis du destinataire. Selon les périodes, ils l'encouragent à s'exprimer et l'interrogent Les sources témoignant de ces phénomènes d'interactivité sont essentiels pour reconstruire les relations qui unissent les feuilletons à leurs publics et évaluer ainsi l'impact de ces discours de papiers, d'images et de sons. Ce projet, qui intéresse un grand nombre de chercheurs de l'équipe, entretient des relations évidentes avec l'axe II (Morales du XIXe siècle) et avec certaines problématiques de l'Axe III (Histoire des bas-fonds). Il sera également envisagé en partenariat avec un certain nombre d'équipes ou d'institutions partenaires :

 

 

le Centre de recherches sur les littératures populaires de l'Université de Limoges (dirigé par Jacques Migozzi) ;

 

 

la Coordination internationale des chercheurs en littérature populaire et culture médiatique (dont Dominique Kalifa est un membre fondateur), qui publie la revue en ligne Belphégor, littérature populaire et culture médiatique hébergée à l'Université de Dalhousie, Canada, qui offrira un espace naturel de publication des premiers résultats ;

 

 

le Centre de Recherche sur l'Intermédialité de l'UQAM, Québec (dirigé par André Gaudrault), dont les liens sont anciens et continus avec la composante Isor) ;

 

 

Avec l'EA 334 « Identités, Cultures, Territoires » (Paris 7), qui a été associé au colloque sur la réception des objets médiatiques et au projet Femmes criminelles, et avec qui est organisé le séminaire « Une semaine ordinaire de télévision ». Le partenariat est élargi avec la Fédération de Recherche Sciences de la Ville dans le cadre d'une enquête sur les images cinématographiques et télévisuelles du XIIIe arrondissement) ;

 

 

l'INA, partenaire privilégié de l'équipe Isor pour la consultation et la réflexion sur les archives audiovisuelles et avec lequel un colloque est prévu (histoire de la programmation et de la réception des programmes télévisuels) ; du même ordre relèvent les partenariats avec l'ECPad, la BIFI et le CNC (Archives du film de Bois d'Arcy)