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L'histoire par l'image

L'histoire par l'image

 

 

 

 

 

Depuis l'époque moderne, l'histoire est l'objet d'une vulgarisation censée assurer sa diffusion, sa transmission et son intelligibilité. Aux XIXe et XXe siècles, en écho aux ambitions politiques et sociales - entre propagande et pédagogie -, l'image, qui a connu des mutations techniques et sémiologiques importantes, a investi l'histoire et accédé au statut de matériau privilégié par certains « producteurs ». Elle est ainsi devenue l'un des principaux vecteurs d'une écriture de l'histoire. De l'image fixe à l'image mobile, de l'image matérielle à l'image mentale, c’est-à-dire de la description littéraire au téléfilm, via la caricature, la bande dessinée, la peinture, le cinéma ou la photographie, l'« image », la « figure » ou la « représentation » constituent un vaste corpus qui permet, sur une période longue, de voir des formes anciennes se déliter (la gravure, le dessin de presse) ou chercher de nouvelles voies (la peinture), tandis que d’autres naissent (de la photographie à Internet) et se développent en recyclant, reformulant ou prolongeant des supports antérieurs. Interroger les relations multiples et complexes de l'histoire et de ses images les plus diverses, oblige ainsi à prendre en considération la question de « la production du sens construit dans les relations nouées entre des formes et des interprétations ». Ainsi, les conditions de production de l'image sont-elles déterminantes, puisqu'elles révèlent que toute élaboration d'une œuvre procède d'un palimpseste constitué de projets successifs et d'états évolutifs, de relations et d'échanges entre le(s) créateur(s), les commanditaires ou les maîtres d'oeuvre, les diffuseurs… L'écriture de l'histoire par l'image peut ainsi être constamment refigurée au gré de ces échanges et relations et en fonction des enjeux du temps présent. En effet, l'étude des conditions de diffusion est nécessaire, car ces dernières influent sur la conception des images, leur mode de circulation et leur réception. Cette thématique mise en œuvre par l'équipe Isor entretient des relations évidentes avec les autres chantiers, notamment celui consacré aux Morales et celui dévolu aux feuilletons.

 

 

Elle prend dans le programme 2010-2013 la double forme de :

 

 

dossiers thématiques qui seront publiés dans Sociétés & Représentations : la construction de soi (Les Éclats de la gloire), les figures animalières servant de modèle ou de repoussoir aux humains (Le bestiaire), etc.

 

 

un séminaire intitulé L'Historien et le cinéaste face à l'archive audiovisuelle : le documentaire à base d'archives (animé par Ana Vinuela). Comme toute archive, un document audiovisuel a besoin d'être interrogé et commenté pour exister. Avec les technologies numériques, les possibilités d'accéder aux images et aux sons qui intègrent une archive et, par conséquent, de les commenter et de les interroger, se multiplient. Comment l'historien et le réalisateur de documentaires interrogent-ils les archives ? L'archive constitue un territoire à partir duquel il est possible de s'approprier, revisiter ou détourner les constructions symboliques du passé. La démarche du cinéaste, bien plus que celle de l'historien, peut être de démonter un discours « officiel » ou encore de privilégier l'émotion via un nouveau montage d'images et de sons existants. Ceux-ci peuvent avoir fait l'objet de recherches préalables, être trouvés par hasard ou parfois même « fabriqués ». L'image d'archive, matériau hautement manipulable, est souvent considérée comme porteuse de valeurs de vérité et de vraisemblance. L'absence d'une approche méthodique permettant l'analyse des usages des images d'archive et les difficultés à établir un classement qui pourrait s'avérer opérant renforcent cette fonction de légitimation des récits sur l'histoire, le passé et la mémoire. Les trois catégories les plus utiles pour établir un éventuel classement : le contenu (difficilement catégorisable), la prise en compte des conditions de production et le mode de diffusion s'interpénètrent et se brouillent en permanence. L'objectif du séminaire est de mettre en évidence la capacité de l'image d'archive à porter des valeurs de vérité et de vraisemblance (ou son impossibilité à les porter), et comment la quête de représentation de la réalité et de ses représentations à travers des images existantes peut se décliner dans deux situations différentes. En premier lieu, dans le cadre d'un projet scientifique (celui de l'historien face à l'archive « brute » ou face à l'oeuvre audiovisuelle) et ensuite, dans le cadre du projet artistique, qui peut être également un projet militant, propre au cinéaste. Lors de sa démarche créative, le cinéaste met en évidence la tension entre le matériel d'archive comme preuve de l'histoire et l'interprétation qu'il en fait. C’est cette tension que nous nous attacherons à analyser, prenant comme exemple des films documentaires à base d'archives réalisés tout au long de l'histoire du cinéma et de la télévision. Ces films devront témoigner des différentes utilisations et intentionnalités inhérentes à l’insertion des archives dans le documentaire, allant de la propagande à la déconstruction, de la lecture littérale à la lecture allégorique et de l'illustration à l'appropriation des images intimes ou inédites ainsi que des représentations collectives du passé.