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ANR Causes africaines : « Mobilisations, courtage international et luttes sur les formes légitimes du gouvernement de l'Afrique »

Projet ANR Causes africaines (CRPS-CEAN-CEMAF-ISP)

 

 

Responsable : Johanna Siméant

 

Projet co-dirigé par Johanna Siméant, Marie-Emmanuelle Pommerolle, Richard Banegas et Isabelle Sommier

 

 

Ce projet s'inscrit dans un contexte scientifique paradoxal :

 

-  D'une part, un des grands apports de la science politique africaniste est la prise en compte des modes populaires d'action politique. Les études africanistes ont toujours insisté sur l'importance de l'extraversion des sociétés africaines (fut-ce pour nuancer les thèses exagérant cette hétéronomie). La sociologie de l'aide en Afrique souligne à juste titre le rôle des courtiers dans l'appropriation des ressources externes, et les transformations des hiérarchies sociales que génèrent ces dernières. Enfin les africanistes intègrent de façon croissante les problématiques de la sociologie des mouvements sociaux

 

-  D'autre part, les sociologues des mouvements sociaux et les spécialistes des ONG s'intéressent de façon croissante à la transnationalisation des mouvements sociaux, et aux formes de l'action collective transnationale.

 

Pourtant l'articulation de ces différentes dimensions semble sous développée au sujet des causes militantes relatives à l'Afrique.

 

Ce projet entend combler cette lacune en examinant, au travers de causes africaines, les spécificités de l'action collective, quels que soient les acteurs qui la portent, dans des espaces politiques extravertis, récemment libéralisés, et à l'extraversion complexe (du fait que se superposent en Afrique des strates historiques de domination enchevêtrées). A partir de l'étude de l'espace des mouvements sociaux et ONG de 7 États africains pensés dans leur relation à un ensemble de champs internationaux structurés par plusieurs logiques (colonialisme, poids des institutions financières internationales, politique des Etats-Unis et des anciennes puissances coloniales), on examinera les processus qui conduisent des porteurs de cause à recourir à la ressource de l'extraversion, les effets que cette dernière fait peser sur les champs militants nationaux, et enfin la structure particulière des espaces militants internationalisés relatifs à l'Afrique.

 

La première étape de ce projet a consisté en une étude qualitative collective du Forum social mondial (FSM) de Nairobi. Le FSM de Nairobi, premier du genre en Afrique, a constitué un formidable terrain d'observation des dynamiques du militantisme transnational africain. Les militantismes africains et leur rapport à l'extraversion ont été au coeur des investigations d'une équipe de recherche constituée de 23 Français et de 12 Kenyans qui ont mené une observation ethnographique collective dans plus de 100 ateliers du FSM, ce à quoi s'est ajouté près de 150 entretiens auprès de militants africains au forum. Cette enquête visait à réfléchir à l'émergence d'un altermondialisme africain, incarné entre autres par le Forum social africain, mais aussi à la multiplicité des réseaux africains transnationalisés, et aux tensions entre ces derniers, ainsi qu'à la relation complexe qu'ils entretiennent à l'égard des militants du Nord ou d'autres Suds. L'enquête s'est aussi attachée à étudier les rapports qu'entretiennent ces réseaux transnationaux avec les espaces militants locaux et nationaux. L'objectif était enfin de réfléchir à l'utilisation et au renouveau des thématiques afrocentriques, anti-impérialistes et anticoloniales.

 

Observer le Forum social mondial à Nairobi du point de vue du Sud - en particulier de l'Afrique - et de sa participation, c'était donc un moyen de dépasser les travers d'une sociologie des mouvements sociaux transnationaux qui, encore aujourd'hui, reste majoritairement centrée sur la société civile du nord, malgré quelques exceptions. Dans un espace altermondialiste qui cherche justement à les occulter, les contributions montreront qu'il est indispensable de penser les hiérarchies, les conflits, voire tout simplement la division du travail au sein du militantisme transnational. Elles prêteront attention aux conditions sociales et matérielles du militantisme, ainsi qu'aux conflits autour de la prise de parole sur l'Afrique.

 

Cette enquête a donné lieu à un atelier à l'AEGIS de Leiden, en juillet 2007, http://ecas2007.aegis-eu.org/FindAbstractsByPanel.aspx ?TrackID=69, ainsi qu'à une journée d'études à l'université Paris 1. Plusieurs publications d'ouvrages ou de revue sont en cours.

 

Dans une seconde étape, les membres de l'équipe entendent rebasculer vers les terrains nationaux pour envisager à partir de ces derniers le rapport à l'internationalisation des militants et des causes qu'ils étudient.

 

Contacts : jsimeant@univ-paris1.fr et mepommerolle@free.fr

 


 

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