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Journée d'études du 24 juin
Journée d'études IDHE-Paris1 à l'ISST
Le 24 juin 2011
La passion et l'engagement dans le travail
Travail artistique, sportif, militant ou politique
Un certain nombre d'activités professionnelles peuvent être vécues à la fois comme un travail et comme une passion allant bien au-delà de la simple recherche d’une rémunération. La passion renvoie à l'enthousiasme voire à l'emportement pour la mission ou le but dans lequel on s’engage, que ce soit la création d'une oeuvre, la compétition sportive, l’engament militant ou politique... Elle est ainsi plus forte que l'intérêt, la motivation ou le plaisir au travail qui peuvent s'exprimer sans impliquer un engagement passionnel ni un oubli de soi pour l'oeuvre accomplie. Dans les mondes de l'art, les métiers du sport, mais aussi dans de nombreuses activités professionnelles où existe un fort engagement (par exemple politique, civique ou syndical), la frontière entre travail et hors-travail ou loisir, entre subordination et épanouissement personnel, entre plaisir et contrainte, n'est pas évidente. Les effets sur la vie hors travail, l'équilibre familial, peuvent, par exemple, être interrogés, notamment la façon dont la famille et ses difficultés sont parfois mises en avant pour exprimer une plainte difficilement audible autrement ou un conflit de buts qui traverse l'individu lui-même.
Ce mode passionnel d'implication dans le travail interroge la perception des conditions de travail, notamment la difficulté à se représenter les éventuelles atteintes à la santé quand elles résultent d’une prise de risque apparemment consentie ? Peut-on se plaindre quand on fait un travail « passionnant » ? Le terme de « passion » a aussi une dimension quasi-religieuse de souffrance librement consentie, même si la transcendance a dans le monde du travail une dimension essentiellement profane.
La passion pose également des questions sur le travail, traditionnellement perçu de façon abstraite. L'économie a longtemps abordé le travail comme une consommation d'énergie et une désutilité ; prendre en compte les phénomènes de passion au travail permet de développer un nouveau regard sur le plaisir au travail dans un langage un peu différent de celui de la libido freudienne, en rattachant ce plaisir à l'organisation du travail, aux dynamiques collectives, aux conditions de travail et de carrière, aux enjeux propres à un monde social spécifique (art, sport, politique, etc.). La notion de " workaholisme ", habituellement présentée dans des termes très psychologisants, pourrait être pensée dans un cadre plus sociologique (par rapport aux normes sociales locales, aux représentations collectives, etc.).
La volonté de faire un travail passionnant, d'intégrer un monde social valorisant et motivant ne peut-il pas être exploité par certains employeurs afin d'accroître la durée du temps de travail et qui éventuellement proposeraient alors des salaires moindres et de moins bonnes perspectives de carrière, etc. ? Redonner une place à la passion au travail peut être d'ailleurs analysé par certains comme l'un des traits du nouvel esprit du capitalisme. Cela pose en creux la question de la " souffrance " de ceux qui perdent ou n'ont plus suffisamment la passion dans des métiers qui la supposent (à l'instar d'une forme d'acédie contemporaine), où existe une sorte d'injonction à l'engagement. Une autre circonstance du passage du plaisir à de la souffrance peut-être liée à l'obligation de faire, dans son travail, des choses que l'on désapprouve, un travail de mauvaise qualité.
Les activités exercées au titre d'une vocation se heurtent parfois à une réalité de travail différente de celle envisagée au préalable (comme l'évoque E.C. Hugues, le passage à travers le miroir peut s'avérer douloureux). Elles peuvent par exemple se révéler être une source insuffisante de rémunération. S'ensuivent alors fréquemment des bricolages de carrière où s'entremêlent activités alimentaires et activités passionnées. A l'instar de joueurs de jazz étudiés par Howard Becker tiraillés entre la volonté de se consacrer exclusivement à la " vraie " musique et le besoin de faire de la "musique commerciale " pour gagner leur vie, les travailleurs passionnés peuvent aussi dévaloriser certains aspects de leur travail au nom d’un idéal supérieur ou d’une haute idée de leur pratique.
Inscription auprès de Marie-Claire Renelle-Menguy : Marie-Claire.Menguy@univ-paris1.fr
Programme
9h30 : Ouverture de la journée par Marc Loriol et Nathalie Leroux
9h45 - 12h30 : L'engagement militant et civique (présidence Françoise Piotet)
Yasmine Siblot: Engagement syndical et valorisation de sa condition sociale en milieu populaire
Kamel Tafer : Le rapport au travail et au syndicalisme dans les services publics, le cas des jeunes facteurs
David Delfolie : Les "salariés d'Allah en Malaisie" : agents des administrations islamiques et engagement de type éthique, moral ou religieux.
Marc Loriol : Passion et plaisir au travail : le cas des diplomates.
Discussion
12h30 – 13h30 Déjeuner sur place (sur inscription auprès de : Marie-Claire.Menguy@univ-paris1.fr)
13h30 -15h30 : La création artistique (présidence Jean-Pierre Le Goff)
Moufida Oughabi : Relation à l’activité artistique et pluriactivité chez les artistes plasticiens
Christina Karakioulafi : Acteurs professionnels en Grèce : entre passion et travail - Le rôle de l'aspect sociétal.
Joël Laillier : Le travail de la vocation : la dynamique de l'engagement au travail dans un métier de vocation. Le cas des danseurs du Ballet de l'Opéra de Paris.
Marc Touché et Vincent Rulot : La passion et la souffrance au travail dans une structure associative d'éducation populaire et de spectacle dans le domaine des musiques actuelles
Discussion
15h45 - 17h : La passion et le management (présidence Jean-Pierre Le Goff)
Nathalie Leroux : La passion sportive comme levier de la politique de gestion des ressources humaines. Le cas de Décathlon.
Claude Didry : Comment les restructurations économiques et les luttes sociales révèlent l'attachement au travail.
Discussion
17h15 : Conclusion de la journée et discussion par Jean-Pierre Le Goff
18 h : Projection de « SUR UN FIL », un film documentaire de Darjeeling Bouton et Emmanuelle Prévot sur le Cabanon, un lieu de soin où des toxicomanes viennent consulter leur médecin, voir l'assistante sociale ou la psychologue et discuter... Suivie d'une discussion avec Emmanuelle Prévot.
Fin vers 19h15
Cliquer ici pour consulter la bibliographie sur la passion au travail réalisée par le Centre de documentation
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