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 Apprendre à écrire à l'université

 

 

Savoir écrire ne va pas de soi. Si l'on veut être lu, il y a des règles et des usages à respecter. C'est une nécessité car, contrairement à ce que pensent les étudiants, nous restons dans une civilisation du texte. La compréhension des choses et la sélection sociale se font sur la maîtrise de l'écrit.

Les recommandations qui suivent rappellent les canons de l'écriture telle qu'on peut l'observer dans les ouvrages ou articles scientifiques, comme dans la (bonne) littérature. Il suffit de pratiquer ces textes et de s'en inspirer pour bien écrire. Autrement dit, pour savoir écrire il faut lire.

 

 

Vous pouvez observer toutes ces recommandations d'emblée. Si vous n'y parvenez pas - apprendre à bien écrire est un exercice qui peut être long - vous devez à tout le moins respecter les premières d'entre elles. Le point A doit être respecté avant le premier devoir, le point B doit être assimilé avant la fin du premier semestre ; vous ne pourrez entrer en deuxième année sans connaître le point C.

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A. Pour être lu

 

 

Etre lisible

 

 

Si votre écriture n'est pas aisément déchiffrable par le lecteur, il ne fera pas l'effort de vous comprendre car il n'en aura ni le temps ni l'envie.

 

 

Respecter les règles de l'orthographe

 

 

Si vous faites trop de fautes, l'attention du lecteur se focalisera sur votre orthographe et non sur le contenu de vos idées. L'orthographe s'apprend, vite ou moins vite, mais elle s'apprend. Une méthode éprouvée consiste à compulser un dictionnaire. Trois règles ne sauraient être ignorées lorsqu'on entre à l'université :

-il faut faire les accords des adjectifs et participes passés en genre et en nombre

-il faut placer les accents

-il faut mettre des majuscules en début de phrase et aux noms propres. Rappel important pour les géographes : les noms de lieux sont des noms propres.

-NB. Si vous utilisez l'informatique, respectez les règles de la typographie. Notamment, il n'y a pas d'espace avant un signe de ponctuation simple (point ou virgule), et il y en a un après ; il y en a un avant et un après pour les signes doubles (deux points, point-virgule). Les guillemets "normaux" sont collés au texte, sauf les guillemets « à la française » que Word sépare dûment du texte par un espace. En cas de doute, reportez vous à un livre.

 

 

Faire des phrases, et des phrases courtes

 

 

Toute phrase doit comporter un verbe. Une bonne phrase est une phrase courte, comportant un sujet, un verbe, un complément, et un point. Proscrivez les phrases à rallonge : seul Marcel Proust est parvenu à élever ce style au rang d'un art.

 

 

Si vos phrases sont un peu longues et comprennent deux propositions, soyez attentifs à la ponctuation. Une virgule séparera deux propositions courtes et de sens proche, dans le cas contraire on aura recours au point-virgule. Le plus simple reste tout de même de faire deux phrases séparées par un point.

 

 

Rappel : les deux-points ne s'utilisent que pour faire suivre une idée d'un exemple ou d'une précision, et on ne peut les utiliser qu'une seule fois par phrase. Quant au point d'exclamation, qui trahit l'excès, il est interdit.

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B. Le pas de huit

 

 

 

1. Pas de formulations familières

 

 

Lorsque vous écrivez, vous ne parlez pas : les formules familières ou empruntées à la langue télévisuelle sont proscrites. Voici le best of des expressions courantes que les étudiants doivent s'interdire :

-au niveau de

-basé sur (préférez : fondé sur)

-et ce,

-incontournable (et tous les termes excessifs)

-le futur. Ce temps ne doit être utilisé que pour un fait ultérieur : « la Turquie entrera peut-être dans l'Union européenne en 2015 ». Il ne doit pas l'être à la place du présent, comme le montrent tant de copies : préférez « les inégalités sociales s'accroissent » à « les inégalités sociales auront tendance à s'accroître ».

 

 

2. Pas de béquilles

 

 

Les étudiants pensent qu'en marquant la logique de leur propos ils emporteront l'adhésion du lecteur. C'est un tort. Des idées claires n'ont pas besoin de renfort pour trouver leur place. Abandonnez toute velléité d'agrémenter vos propos de formulations telles que :

-tout d'abord (inutile de prévenir que votre argument est le premier argument, le lecteur le constate de lui-même)

-en effet (la logique de vos enchaînements doit tenir au contenu de ce que vous dites, rien de plus)

-mais. Les étudiants raffolent de cette conjonction. Ils ont en particulier un faible prononcé pour la faire suivre d'une virgule : Mais, .... Nous vous accordons trois mais par copie, au-delà vous devrez vous acquitter auprès du correcteur d'une part de royal - délicieux gâteau au chocolat de La Boulange, située près de l'Institut de Géographie au croisement des rues Saint-Jacques et Gay-Lussac.

 

 

3. Pas de facilités dans la rédaction des mots

 

 

Les chiffres sont permis lorsqu'ils indiquent une grandeur mathématique : 36 000 communes, 20 000 Euros de revenu annuel, 550 000 kilomètres carrés. Ils sont interdits lorsque un adjectif numéral suffit : trois idées, deux exemples, cinq arguments. Dans ces cas, qui sont la plupart des cas, il faut écrire en toutes lettres.

Les abréviations sont interdites.

 

 

4. Pas d'apostrophe orpheline

 

 

Inutile de faire des économies de papier, vous ne devez pas placer en orpheline l'
apostrophe en bout de ligne.

L'apostrophe remplace une lettre (par exemple le a de « la » dans « l'apostrophe »). Il n'y a donc pas lieu d'en mettre à la place des tirets lorsque vous écrivez : « ainsi a-t-il... » (et non « a-t'il... »).

 

 

5. Pas de pitié pour les mots inutiles

 

 

-dans 99% des cas, les adverbes sont inutiles. L'étudiant peut penser qu'ajouter fortement, sensiblement, très, ou très très à ses propos donne du style ou précise sa pensée. C'est l'inverse. Ecrire que « les disparités régionales se sont accrues en France depuis vingt ans » est précis ; écrire que « depuis quasiment vingt ans, les disparités régionales se sont considérablement accrues » complique la lecture et n'apporte rien. Faites l'exercice de relecture de vos anciens textes, c'est édifiant.

-Dans 100% des cas, le nous est nuisible. Vous pouvez dire les choses directement, sans passer par l'expression personnelle. Au lieu de « il nous faut comprendre pourquoi les inégalités s'accroissent », préférez le style direct : « pourquoi les inégalités s'accroissent-elles ? ».

-Dans 110% des cas, les pléonasmes sont irritants. Inutile de dire la même chose sous deux formes différentes, le lecteur a compris la première et n'a pas de temps pour la seconde. Les inégalités spatiales ne sont pas « claires et évidentes », elles sont l'une ou l'autre. Il n'y a pas plus d'« héritage du passé » que de « futur à venir ».

 

 

Enfin faites le deuil de ces formules préliminaires que vous aimez tant mais qui ne présentent pas le moindre intérêt :

-« on remarque que l'espace urbain domine la partie ouest de la carte ». Non : « l'espace urbain domine la partie ouest de la carte », simplement

-on peut dire que..., il convient de dire que... (s'il convient de le dire, dites-le, inutile de prévenir)

-on comprend que..., il est bien connu que..., et toutes leurs cousines.

-ATTENTION : force est de constater que... est puni de mort, voire de transfert d'office en UFR de Droit canon.

 

 

6. Pas d'allusions

 

 

Les étudiants recourent à plusieurs tactiques pour masquer l'imprécision de leurs connaissances. Las ! Leur correcteur les connait, ne serait-ce que parce qu'il les a utilisées avant eux :

-terminer une phrase par etc ou par des points de suspension ne remplacera jamais la précision dans l'idée ou l'exemple détaillé.

-Les guillemets sont interdits, sauf pour citer. Car dans les autres cas, ils servent à (essayer de) faire passer une approximation. Lorsque vous parlez des banlieues « difficiles », vous signifiez au lecteur qu'il doit bien comprendre ce à quoi vous faites allusion, tout de même. Trois fois hélas ! Votre lecteur ne comprend que ce que vous dites, il ne fera aucun travail à votre place.

 

 

7. Pas de baratin

 

 

La première qualité d'un texte est sa concision. Allez au fait : banalités et délayage sont les ennemis de l'illustration par l'exemple et de la connaissance des faits. Si vous ne connaissez pas les choses, n'essayez pas de les vendre au poids : votre lecteur est un acheteur avisé.

 

 

8. Pas de mise en forme

 

 

La généralisation de l'informatique a un avantage : elle aide ceux des étudiants dont l'écriture est peu lisible. Elle a aussi des inconvénients : mal utilisé, le correcteur d'orthographe laisse passer de grosses bévues ; trop utilisées, les facilités de Microsoft Word peuvent conduire à un texte surchargé de mises en formes intempestives (mots soulignés, en gras ou en italiques, tirets trop nombreux, marges variables). Or contrairement à ce que pensent les étudiants, moins un texte comporte de mises en forme, plus il est lisible. Vous devez donc écrire dans une forme sobre et unique ; vous n'êtes autorisé qu'aux italiques, lorsque vous donnez le nom d'une revue ou d'un ouvrage. Si votre travail est bien fait, sa lecture sera facile, inutile de surcharger. Les mises en forme sont réservées aux enseignants - c'est injuste mais c'est comme ça.

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C. Organiser son texte

 

 

 

Le titre

 

 

Tout texte remis par un étudiant, qu'il s'agisse d'un partiel ou d'une simple note de travail, doit être identifié. La page de garde portera, sans exception : les nom et prénom de l'étudiant, l'enseignement dans le cadre duquel il se place (« Cartographie, TD n°4, Licence 2ème année »), la nature du travail (« commentaire de la feuille de Toul »), la date.

 

 

Le sommaire

 

 

Si le document est long, il doit faire l'objet d'un sommaire. Ce dernier est placé en début de devoir. Il est concis, ne présentant que l'architecture générale du travail. Dans le cas d'un texte volumineux, une table des matières détaillée, située en fin d'ouvrage, précisera le contenu. Il va de soi que tout texte doit être paginé, même en l'absence d'un sommaire.

 

 

Le plan

 

 

La détermination du plan est le moment fort de l'écriture. On y bâtit la logique de la démonstration. Il n'y a pas de plan type, si ce n'est qu'on peut difficilement dépasser cinq ou six parties sans nuire à la cohérence d'ensemble. Un bon plan est un plan clair et rigoureux. Si vous y parvenez, vous éviterez :

-une introduction trop générale (« de tous temps les hommes... ») car vous aurez réfléchi aux termes du sujet et à la démonstration que vous entendez mener

-des transitions pesantes. Si votre développement est logique, il n'est pas nécessaire de recourir à des transitions entre les parties.

 

 

Lorsqu'ils rédigent un dossier, les étudiants doivent distinguer trois plans :

-le plan de bataille, qui consiste à accumuler de manière rationnelle des matériaux pour traiter le sujet. Pour faire le diagnostic territorial d'une commune de banlieue, il faudra aller chercher, successivement, des données démographiques, des données économiques, des éléments sur le paysage, le Plan Local d'Urbanisme, etc.

-le plan de l'écrit. Il doit être logique, c'est-à-dire regrouper les informations en vue d'une démonstration, et non chronologique (1-Les hommes, 2-Les activités, 3-Le paysage, ...). Il doit non pas rappeler les différentes phases de votre recherche, mais exprimer les idées principales auxquelles vous êtes parvenu et les exposer selon un fil directeur.

-Le plan de l'oral. Lorsque le dossier doit être présenté oralement, l'exposé ne peut pas reproduire, en plus restreint, la totalité de l'écrit. Vous devez élaborer un plan spécifique pour l'exposé, qui mettra en valeur un ou deux aspects importants du travail, et renverra les autres au rapport écrit.

 

 

L'iconographie

 

 

En sciences sociales en général et en géographie en particulier, le texte est accompagné d'une iconographie qui appuie l'analyse : croquis, tableaux et, bien entendu, cartes. Pour chacun de ces documents et sans exception, vous devez donner un titre, la source, et sa date. La carte obéit à des règles (orientation, échelle, choix des couleurs et des symboles) qui sont fournies en cours.

 

 

Les chiffres

 

 

Ces illustrations doivent aider la compréhension du propos, et non la compliquer. Dans le cas d'un tableau en particulier, n'alourdissez pas la lecture par un détail trop scrupuleux en donnant trois chiffres après la virgule. Le plus souvent même, l'arrondi au chiffre entier suffit. De même, écrire que la population du Caire est de 19.857.354 habitants est inutilement précis ; le temps de l'écrire, de toute façon, et c'est déjà faux.

 

 

Usez des chiffres avec parcimonie. Le chiffre est un élément démonstratif, qui ne doit être mobilisé que dans les temps forts de votre analyse. Si la question de l'urbanisation n'est pas au cœur de l'analyse d'une région par exemple, inutile de dire que « 56,3% de la population est urbaine » ; dire que « la majorité des habitants sont des urbains » suffira.

 

 

Les annexes

 

 

Les annexes ne sont pas accessoires. Lorsque le texte est volumineux, comme dans un dossier ou un mémoire, les annexes sont indispensables. Il ne s'agit en rien d'un fourre-tout, mais du rassemblement logique des informations requises par votre démonstration. Elles seront sélectionnées, classées, paginées, et identifiées dans une table des annexes.

 

 

La difficulté consiste à sélectionner ce qui doit être dans le corps du texte et ce qui doit être placé en annexe. La règle est de ne placer dans le texte que ce qui sert à la démonstration, sans rompre le fil du discours. Si vous jugez un imposant tableau de chiffres nécessaire, vous pouvez en extraire les chiffres synthétiques et reporter en annexe sa version détaillée.

 

 

L'appel. Si vous décidez de placer une information en annexe, c'est qu'elle est utile à votre analyse. Si elle est utile à votre analyse, vous devez vous en servir et renvoyer, dans le corps du texte, à cette annexe. Dans le cas où vous étudiez l'activité économique d'une commune, vous apportez l'information essentielle dans le texte et faites référence à l'annexe pour donner l'accès à des informations plus détaillées et attester la solidité de votre démonstration. Par exemple : « L'orientation industrielle de l'économie locale est attestée par la ventilation sectorielle de l'emploi donnée dans l'annexe 4 ».

 

 

La bibliographie

 

 

Un bon travail universitaire s'appuie sur des travaux précédents. Il faut lire pour préciser sa pensée et apporter une valeur ajoutée - même modeste - à ce qui est connu. Dans la plupart des cas, vous devrez donc mobiliser d'autres écrits et, cela va de soi, citer vos sources. Cela se fait selon des formes imposées. La forme la plus fréquente consiste à mettre le nom en premier puis la date, le titre de l'article (entre guillemets) ou du livre (en italiques), l'éditeur, les pages :

 

 

Némmardaisinkhult, Jean, 2003, « Apprendre à écrire à l'université », Il y a un début à tout, La Pléiade, vol. 36, Paris, pp 235-241.

 

 

D'autres façons de procéder vous seront indiquées ultérieurement, lors de l'élaboration de vos mémoires de Master (la présentation formelle d'un mémoire de Master est également disponible en ligne sur le site de l'UFR).

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D. Vos deux premiers exercices

 

 

 

1°) Repérez dans le texte précédent les infractions aux règles prescrites. Pour deux infractions, vous gagnez un demi point à votre prochain devoir ; pour quatre, un point et pour six vous obtenez votre diplôme directement.

 

 

2°) Faites de même pour le texte suivant. Les récompenses sont identiques mais pour un nombre d'entorses affecté d'un facteur dix : pour vingt infractions vous gagnez un demi point à votre prochain devoir, etc.

De_tout_temps_les_hommes_ont_essayer_de_bien_ecrire.doc

 

 

Vous connaissez à présent le grand secret universitaire pour savoir comment écrire : connaitre les règles, et relire ce que l'on a écrit. Reste le plus facile : travailler pour savoir quoi écrire....

 

 

 


Exercice n°2