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Blog de droit constitutionnel

« EN MÊME TEMPS » …. !

 

Emmanuel Macron, un Président jupitérien, au pas lent et solennel dans le décor royal du Louvre a fait sourire. « En même temps », un Président bling-bling entouré de Mireille Mathieu le soir de son élection et, cinq ans plus tard, un Président normal obligé d’embrasser sa compagne sur la bouche devant Ségolène Royal a fait pleurer de rire. Emmanuel Macron, un Président à la parole rare et qui impose son rythme aux médias fait réagir les journalistes qui s’inquiètent pour la liberté de la presse. « En même temps », tout le monde admet, journalistes compris, qu’il y a des choses qu’un Président ne devrait pas dire. Emmanuel Macron, un Président démolisseur du paysage politique fait peur. « En même temps », depuis des années, la monopolisation de la représentation politique par deux partis était régulièrement critiquée et beaucoup attendait une « recomposition ».

 

 

 

Source : www.lci.fr

 

Alors que les journalistes lui montraient un montage de ses discours, tous parsemés de la locution « en même temps », Emmanuel Macron, loin d’être désarçonné, assumait : « ‘en même temps’, dit-il, signifie simplement que l’on prend en compte des impératifs qui paraissent opposés mais dont la conciliation est indispensable au bon fonctionnement d’une société ». Cette grammaire politique va à l’encontre de la tendance naïve à croire qu’une pensée se construit sur le modèle du « c’est l’un ou l’autre », sur le modèle que, dans la vie, il ne peut exister qu’une idée simple excluant toutes les autres. Or toute idée est multiple parce que la vie est faite de contradictions. Penser c’est assumer ces contradictions, non les éliminer, c’est rassembler des contraires, disaient, avant Marx, les présocratiques.

 

Et cette pensée de « en même temps » est une garantie contre les tentations autoritaires car elle ouvre sur le rire. Elle est une pensée sérieuse parce qu’elle prend en charge les contradictions et « en même temps » rieuse parce que ces contradictions conduisent en pratique à des situations amusantes. Ainsi, le nouveau président de la République considère que les partis politiques sont morts, qu’ils ne mobilisent plus mais il s’empresse de transformer En Marche en parti, La République en marche, avec congrès pour fixer la ligne et groupe parlementaire discipliné.

 

Mais surtout, alors que les centristes ont toujours critiqué la bipolarisation, ont toujours critiqué l’appel des présidents nouvellement élus – Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande – à envoyer à l’Assemblée nationale une majorité parlementaire homogène et qui leur soit fidèle, Emmanuel Macron, élu président, reproduit le même discours que ses prédécesseurs : il veut, comme eux, une majorité absolue de députés macronnistes. « En même temps », il ne peut pas dire autre chose car la constitution est ainsi faite qu’un président qui n’a pas de majorité à l’Assemblée nationale est un président sans pouvoir. Jacques Chirac en a fait l’expérience de 1997 à 2002.

 

Situation cocasse de voir un Président adepte du Multiple ne vouloir à l’Assemblée que l’Un, celui des marcheurs ! Alors qu’un partisan de l’Un, François Mitterrand, avait relevé après sa réélection en 1988 qu’il n’était pas bon qu’UN parti politique ait à lui seul la majorité à l’Assemblée… .

 

 


Dominique Rousseau

Professeur à l’École de Droit de la Sorbonne, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Directeur de l’ISJPS, membre honoraire de l’Institut Universitaire de France, Président du Conseil scientifique de l’Association française de droit constitutionnel.

 


Pour citer l’article : ROUSSEAU Dominique, « En même temps… ! », Blog de droit constitutionnel de l’ISJPS, 31 mai 2017, [https://www.univ-paris1.fr/unites-de-recherche/isjps/blog-de-lisjps/blog-de-droit-constitutionnel/]