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Blog de droit constitutionnel

L’ILLUSION POPULISTE

 

Le populisme progresse partout. En République tchèque, l’Action des citoyens mécontents, dirigée par le milliardaire, ancien membre du parti communiste, Andrej Babis, est devenu le premier parti avec 30% des voix aux élections législatives du 21 octobre. Une semaine plus tôt, en Autriche, le FPÖ de Christian Strache a obtenu 26% des voix et devient l’allié du gouvernement conservateur de Sebastian Kurtz. En Allemagne, l’AFD a fait son entrée au Bundestag avec plus de 90 députés. Toute l’Europe craque. À l’Est où les populistes gouvernent en Hongrie et en Pologne. Au Nord où ils pèsent sur les gouvernements danois et néerlandais. Au Sud où le parti de Beppe Grillo est en tête des sondages. Et en France aussi où le parti des Insoumis ne se réfère plus aux camarades mais aux « gens » et ne se revendique plus du socialisme mais du populisme.

Partout, le discours populiste fait appel aux deux mêmes ressorts. D’abord, la critique de l’élite corrompue qui doit dégager pour laisser la place au peuple. Ensuite, la critique de la raison qui doit laisser la place aux affects. S’adressant aux italiens à la veille du référendum constitutionnel de décembre 2016, Beppe Grillo prononce ces mots terribles : « Je vous demande de voter avec vos tripes. Pas avec votre cerveau. L’esprit est stupide et le cerveau est faible. Faites confiance à vos tripes. Agissez par instinct et votez » !

En appelant à refonder la politique sur les affects, les populistes dévoilent une conception de l’être humain non seulement réduit à ses passions mais encore inapte à la raison ; ils sous-entendent même que l’exercice de la raison pourrait être dangereux pour la qualité d’une décision. D’où des discours qui privilégient la dénonciation, l’invective voire les fake-news sur l’argumentation et un long raisonnement. Tout s’enroule dangereusement. Les passions plutôt que la raison, le chef plutôt que les assemblées délibérantes et au bout du chemin le régime du prince-peuple plutôt que celui de la démocratie.

Face à cette montée en puissance populiste, le courant démocrate n’est pas dépourvu. Il peut rappeler que le référent de la démocratie n’est pas « les gens » mais les citoyens, c’est-à-dire, une association politique, un collectif d’individus liés par des biens communs et des valeurs partagées. Il peut rappeler que l’usage public de la raison qui transforme les expériences premières de la vie en expérimentation est ce qui construit un peuple. Il peut aussi rappeler que la rhétorique ami/ennemi, chère à Carl Schmitt juriste du IIIème Reich, n’a jamais ouvert des horizons démocratiques et qu’il ne suffit pas d’être anti-libéral pour être de gauche et démocrate.

Le populisme est une maladie de la démocratie. Il ne peut pas être son remède.

 

Dominique Rousseau

Professeur à l’École de Droit de la Sorbonne, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Directeur de l’ISJPS, membre honoraire de l’Institut Universitaire de France, Président du Conseil scientifique de l’Association française de droit constitutionnel.

 

Pour citer l’article : ROUSSEAU Dominique, « L’illusion populiste », Blog de droit constitutionnel de l’ISJPS, 11 janvier 2018.