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La IIIe République (1870 - 1940)

La IIIe République (1870 - 1940) 

1/ La IIIe République naissante (1870-1879): la guerre de 1870 et la Commune, l'ordre moral et l'affermissement du régime.

Après la chute de l'Empire et la proclamation de la République (4 septembre 1870), les facultés parisiennes durent momentanément interrompre leurs activités, paralysées par la guerre franco-allemande et les sièges successifs de la capitale par l'ennemi et par l'armée de Versailles, où l'assemblée nationale et le gouvernement s'installèrent pour fuir la Commune insurrectionnelle. La paix avec les Allemands étant signée à Francfort le 10 mai 1871, la dette de guerre exigée par le traité n'encourageait naturellement pas cette assemblée à majorité monarchiste à prendre des initiatives en faveur de l'enseignement supérieur. C'est pourquoi le pouvoir entreprit surtout de transférer les dépenses universitaires aux institutions privées.

 

 

Tel est le sens de la loi de 1875 qui étendit les compétences de la loi Falloux à l'enseignement supérieur, en permettant la fondation des facultés libres à Paris et en province. Mais les républicains contestèrent cette législation favorable à la création des Instituts catholiques et, après les élections générales de 1876 et de 1877, qui leur donnèrent successivement la majorité à la Chambre des Députés créée par la Constitution de 1875, ils augmentèrent les crédits alloués à l'enseignement supérieur, en accélérant la politique d'agrandissement des facultés parisiennes de Droit et de Médecine - qui avait été amorcée timidement avant 1875. C'est dans ce contexte qu'on entreprit de construire avenue de l'Observatoire un bâtiment spacieux pour l'Ecole supérieure de Pharmacie, qui avait été intégrée dans l'Université en 1840. L'évolution des esprits est également attestée à cette époque par l'introduction de l'économie politique dans les programmes de la licence en droit (1877).

 

 

2/ La IIIe République de 1879 à 1898: le changement de cap, le positivisme et le rationalisme universitaire, la reconstruction de la Sorbonne, l'essor de l'enseignement supérieur.

 

 

Mais il faut attendre la démission de Mac Mahon et l'élection de Jules Grévy à la présidence de la République (1879) pour que l'Université entreprenne par étapes la mutation qui s'imposait dans ses structures et dans son esprit. C'est effectivement grâce à l'arrivée définitive des républicains au pouvoir à cette date que l'institution devait épouser son siècle, en rompant avec le spiritualisme de Royer-Collard et de Victor Cousin, qui avait été l'idéologie dominante du corps universitaire depuis le Premier Empire.

 

 

Même si elle avait souvent été en désaccord avec la dogmatique ecclésiastique, cette idéologie spiritualiste d'inspiration platonicienne et libérale n'en avait pas moins approuvé, avec Victor Cousin et ses disciples, la loi Falloux et l'ordre moral de Mac Mahon. Désormais, les républicains au pouvoir appliquent par étapes leur programme fondé sur la laïcité, le positivisme scientifique, l'essor des crédits alloués à l'enseignement supérieur et l'accès des femmes à cet enseignement qui leur était interdit auparavant, malgré les initiatives limitées qui avaient été prises sous le Second Empire à cet égard.

 

 

L'esprit laïque de l'Université est marqué par la suppression de la Faculté de Théologie catholique de la Sorbonne, qui disparaît avec ses homologues de province en 1885. La même année, on posait la première pierre de la nouvelle Sorbonne dont Jules Ferry avait décidé la reconstruction en 1881, comme président du Conseil et ministre de l'Instruction publique. Le chantier durera seize ans. Mais, réalisé sur un plan monumental, l'édifice atteste que la Sorbonne républicaine et laïque supplante désormais la Sorbonne monarchique et cléricale d'autrefois*. Au reste, l'inauguration de la première phase de reconstruction de la Sorbonne aura lieu en 1889 à l'occasion du premier centenaire de la Révolution française.

 

 

Dans cet esprit qui s'inspire du positivisme et du rationalisme scientifique, les crédits alloués à l'enseignement supérieur permettent d'augmenter les chaires dans toutes les disciplines et de favoriser l'essor des laboratoires et des bibliothèques universitaires, dont les moyens étaient presque inexistants auparavant. Cette augmentation conduit à diversifier les enseignements en présentant aux étudiants des programmes nouveaux, des diplômes rénovés et des conditions d'accès plus faciles aux études supérieures.

 

 

En outre, les républicains font un effort sans précédent pour faciliter l'accès des étudiantes à l'enseignement supérieur. En 1881, ils créent à cet effet l'Ecole normale supérieure de Sèvres pour former des professeurs féminins qui enseigneront dans les lycées de filles. Et c'est également à cette date que l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm sera laïcisée par la suppression de l'aumônerie de l'établissement.

 

 

Enfin, apparaît en 1896 la réforme attendue depuis longtemps. L'Université de France est supprimée dans sa structure centralisatrice, et les facultés de chaque académie constituent désormais au chef-lieu de cette dernière une université, dont le recteur préside le Conseil sous l'autorité du ministre de l'Instruction publique. L'Université de Paris renaît comme telle pour sa part.

 

 

*Toutefois, l'église de la Sorbonne de Richelieu, qui sera volontairement épargnée par la IIIe République, ne sera désaffectée qu'en 1906, après la loi de séparation des Eglises et de l'Etat en 1905.

 

 

3/ La IIIe République de 1898 à 1919 : l'université et l'affaire Dreyfus, les polémiques sur l'enseignement supérieur et la première guerre mondiale.

 

 

L'Université de Paris était en plein essor, quand ses professeurs s'engageront en 1898 dans la polémique provoquée par la demande en révision du procès du capitaine Dreyfus, qui avait été injustement condamné par un tribunal militaire. À l'instar du pays, les enseignants se divisèrent sur le sujet. Mais beaucoup d'entre eux se prononcèrent en faveur de cette révision. C'est notamment grâce à leur action que Dreyfus, reconnu innocent, sera réintégré dans l'armée en 1906.

 

 

Le combat des intellectuels dreyfusards favorisa dans le corps universitaire l'émergence d'un radicalisme de gauche fondé sur les droits de l'homme, la justice sociale et la défense des libertés publiques et du rationalisme scientifique. Tout en accompagnant le développement des études, ce radicalisme suscita dans l'Université de Paris et dans le pays des polémiques sur la nature de l'enseignement supérieur dans certaines disciplines. C'est ainsi que le débat qui eut lieu en Sorbonne, avant la première guerre mondiale, sur les humanités classiques et le latin intéressa à la fois les littéraires et les scientifiques.

 

 

Les conflits idéologiques interfèrent dès lors avec les problèmes corporatifs. C'est ainsi que la contestation du concours de l'agrégation de médecine, qui assure le recrutement des professeurs dans cette discipline, prit une ampleur sans précédent au Quartier latin au début du XXe siècle. Mais l'enseignement supérieur parisien n'en jouit pas moins à cette époque d'une réputation internationale, en attirant de nombreux étudiants étrangers à ses cours.

 

 

La première guerre mondiale interrompit cet essor en engageant la majorité des étudiants dans le conflit. Beaucoup y donnèrent héroïquement leur vie pour le salut de la patrie.

 

 

4/ La fin de la IIIe République (1919 - 1940): l'accès progressif des femmes aux chaires magistrales, la création de la Cité universitaire et les luttes politiques et idéologiques.

 

 

Si elle fut une dure épreuve, la première guerre mondiale favorisa définitivement l'accès des jeunes filles à l'Université. Le mouvement fut irréversible en permettant progressivement aux femmes d'occuper des chaires magistrales.

 

 

Au reste, à cette époque, l'Université poursuit son essor. Le phénomène est attesté par la création de la Cité universitaire, qui sera établie par étapes Boulevard Jourdan pour accueillir les étudiants étrangers des cinq continents. Il est également marqué par la fondation de nombreux instituts d'université et de faculté, qui accompagnent des cursus nouveaux dans un savoir dispensé par des maîtres prestigieux.

 

 

La période est aussi le théâtre de luttes politiques très vives. C'est ainsi qu'à deux reprises, la Faculté de Droit fut troublée par des incidents provoqués par la nomination d'un professeur de gauche en 1925, et par l'enseignement d'un maître qui dénoncera en 1935 la conquête de l'Ethiopie par l'Italie fasciste. De son côté, la protestation contre l'agrégation de médecine continua dans la Faculté concernée, où des manifestations racistes et xénophobes s'en prirent aux étrangers, coupables à leurs yeux de concurrencer les Français dans l'exercice de l'art médical. Les sympathies des étudiants de ces facultés, qui se recrutaient souvent dans un milieu aisé, seront dénoncées par leurs camarades littéraires et scientifiques qui seront favorables au Front populaire en 1936.

 

 

Mais à l'exception de rares constructions nouvelles, les locaux seront insuffisants pour répondre à l'augmentation du nombre des étudiants et aux besoins de l'enseignement supérieur, et l'Université de Paris entrait dans une crise grave quand éclata la seconde guerre mondiale en 1939.